Comment est né ce projet insensé ?

Après La Planète blanche que j’ai tourné en 2006, on s’est dit, avec Stéphane Millière de Gédéon : « Et pourquoi pas la Planète Verte ? » C’est comme cela qu’on a eu envie de tourner dans la forêt amazonienne. Dès le départ, il s’agissait de trouver un équilibre entre fiction et documentaire et d’immerger le spectateur émotionnellement dans la réalité de cet environnement spécifique. Au total, le projet aura mis plus de 6 ans à exister, entre sa conception initiale et sa sortie en salles.

Comment s’est déroulée la phase de recherche et de documentation ?

À partir du moment où il s’agissait d’une coproduction franco-brésilienne, on est allé chercher des compétences scientifiques et documentaires chez des biologistes naturalistes français et chez leurs homologues brésiliens pour leur expertise du pays. Par ailleurs, nous avons travaillé avec Araquém Alcântara, photographe brésilien qui a bourlingué 25 ans en Amazonie et qui a publié plusieurs ouvrages de photos sur le sujet. C’est sans doute le Brésilien qui connaît le mieux ce territoire. On s’est longuement entretenu avec lui pour qu’il nous conseille sur les zones à explorer et pour qu’il nous aide à structurer nos idées. C’était une approche très pragmatique, caractéristique du documentaire, à laquelle je tenais.

Vous avez ensuite élaboré une trame scénarisée ?

Nourris de toute cette documentation, trois scénaristes ont développé un récit, et je suis ensuite intervenu avec le coscénariste brésilien pour la version définitive qui, à ce moment-là, intégrait les spécificités du relief. Et tout comme dans La Planète blanche, on ne voulait aucun dialogue et presque aucune présence humaine, afin de brosser le portrait le plus juste et le plus pertinent de la forêt amazonienne.

Comment s’est déroulée la préparation de ce tournage hors normes ?

Il y a eu énormément de voyages préparatoires sur la faisabilité du projet, puis des repérages pour établir le plan de travail. La première priorité a été, d’entrée de jeu, l’approche animalière : était-il possible d’approcher les espèces citées au générique, et de quelle façon ? Et qu’en était-il, en particulier, de nos singes capucins ? L’équipe animalière a donc dressé une sorte d’inventaire des lieux où il était raisonnablement envisageable d’approcher les animaux. Ensuite, les repérages ont été réalisés par deux premiers assistants, Vincent Steiger et Martin Blum, sur le choix des décors.

C’est la synthèse des deux – contingence animalière et contingence cinématographique – qui nous a permis d’établir la meilleure solution possible. Moi-même, j’ai participé à la moitié des voyages, ce qui m’a permis de ressentir les lieux, et de faire le tri dans ce qu’on avait envisagé au départ, en confirmant ou pas les séquences prévues.

Une fois sur place, se laisse-t-on surprendre par des situations inédites et imprévisibles ?

À plus de 98% ! Ce qui est arrivé, et qu’on avait parfois envisagé, ne s’est jamais produit de la manière qu’on attendait. Ce qu’on a retenu au final, ce sont ces moments de miracle et de vérité où les animaux filmés nous ont offert des comportements atypiques et inédits qui correspondaient à l’émotion recherchée des « personnages » de notre fiction. Quand on va en Amazonie, il faut garder une constante humilité : même quand on a tout préparé, on est souvent confronté à des situations qui obligent à tout revoir et à garder une souplesse formidable pour rester ouvert à tout ce que la nature propose. Du coup, on est resté attentif au climat, aux intempéries, à la disponibilité des animaux, et aux rencontres fortuites – qui est sans doute le mot-clé du documentaire animalier.

Ensuite, on est intervenu pour tourner certaines images de raccords, de plans larges, ou de décors, bref, des plans nous permettant de fabriquer avec pertinence l’écrin dans lequel allait se dérouler notre histoire. C’est ce qui explique l’énergie qu’il a fallu déployer, le temps nécessaire pour parvenir à nos fins, et la folie du projet ! Étonnamment, après des mois de montage, en tirant profit de la matière disponible, on s’est rendu compte qu’on revenait au projet initial, autrement dit au scénario qui était le fruit de notre imagination.

Sans nous en rendre compte, nous avions fantasmé un lieu, puis nous l’avions filmé en captant l’imprévisible, et nous étions finalement revenus au projet tel que nous l’avions rêvé...