Le personnage de Viviane Amsallem, vu par Ronit Elkabetz
Les rabbins ont pour mission de sauver tout foyer juif, c’est l’injonction du « shalom beit », la « paix des ménages ». Donc le désir de cette femme est une menace contre l’ordre établi, mais elle les menace eux aussi à titre personnel, car ils ne veulent pas se faire les complices de la dissolution d’un mariage. Parce qu’elle est femme, sa parole compte moins que celle d’un homme. Elle ne pèse d’aucun poids. Elle est contrainte au silence par la force de la Loi et de ceux qui l’administrent, les rabbins. Et Viviane apprend à s’en servir pour continuer absolument la procédure que tous voudraient interrompre.
Même s’il lui est imposé, ce silence est aussi le miroir de sa force intérieure. Le leitmotiv qui a inspiré le personnage de Viviane, c’est sa détermination, sa quiétude, son silence, le silence de quelqu’un qui s’est sérieusement préparé et a beaucoup réfléchi avant de se jeter dans cette fosse aux lions.
C’est aussi une femme capable de grands débordements, elle sait que le moindre éclat de sa part est susceptible d’affaiblir sa position face à l’homme. Si elle ne se contenait plus on l’éjecterait aussitôt du procès, et elle serait définitivement discréditée. Elle ne se bat pas à armes égales avec son mari Elisha qui a le droit pour lui. Pire même : il a le pouvoir. Et il se comporte en conséquence, confiant. Sa situation est néanmoins plus complexe qu’une simple posture de rapport de force : il souhaite sincèrement garder Viviane auprès de lui.
Et c’est cela aussi qui aggrave le cas de Viviane : bien qu’elle soit une femme problématique, notamment parce qu’elle va contre le commandement sacré de préserver un « foyer juif », son mari continue de vouloir la sauver malgré elle, lui octroyer l’honneur d’être sa femme. Elisha par cette volonté attendrit d’autant plus les rabbins.
Propos recueillis par Jean-Luc Douin
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