"Selon Walter Benjamin, l’Histoire est l’endroit où le singulier se cristallise dans le tout – cette hypothèse est notre point de départ.
La conversation (dans ce film) prend place, selon moi, dans un no man’s land qui n’est ni une zone de confort pour moi ni pour Paulo de Figueiredo. Une telle prémisse doit engendrer un sentiment d’égarement pour les deux parties.
Dans un premier temps, le lieu doit rester anonyme. Puis, progressivement, ce qui est hors-champ gagne l’espace. Le fait d’être dans un endroit et dans une temporalité gagne notre conscience. Cependant, il demeure difficile de savoir où l’on est.
Je souhaiterais faire la distinction entre le fait de reporter des faits et la fiction, sans pour autant être trop explicite. La différence entre la « fiction » et le « reportage » ne va pas de soi ; en effet, nous croyons en ce que nous voyons dans le documentaire car celui-ci est constitué de « faits ». Retirons une ou deux briques fictionnelles de cet ensemble et le mur de la réalité « authentique » s’effondre. Ce qui demeure est ce que j’essaie de mettre en scène ici, l’imaginaire qui s’est imprimé dans notre mémoire.
J’ai dit à Paulo que je souhaitais raconter l’histoire de sa vie. Il a accepté.
Il s’agit probablement d’un film sur la violence, mais plus précisément, c’est un film sur des moments d’expériences humaines. Il est davantage question de fragments et de sauts narratifs non linéaires que d’Histoire au sens académique du terme.
Ce qui est authentique est l’histoire que Paulo raconte et les moments entre mes questions et ses respirations. Le documentaire est construit autour de ces respirations. C’est dans cette rencontre que le spectateur doit observer l’effondrement de la frontière entre les faits et la fiction.
Son magnifique portrait de la cruauté et des paradoxes du pouvoir et des révolutions qui l’ont détrôné, n’ont servi qu’à ériger de nouvelles bureaucraties, de nouvelles cruautés et de nouveaux paradoxes. En tant que mercenaire il est à la frontière entre ces deux mondes.
Le traumatisme est en dehors de la mémoire, en dehors de l’Histoire. Il est irreprésentable, impénétrable, inoubliable."