Lati, Latifa, Latiniebla : celle dont la mission est de ressusciter le freestyle, annoncé comme “presque mort” au début du film, se déploie sous différentes identités en fonction des lieux qu’elle côtoie. Une jeune femme noire, musulmane, queer, issue d’un quartier populaire : elle est le symbole d’une intersectionnalité des oppressions qui se renforcent mutuellement. Mais le temps est au rugissement et au combat par les mots. Elle apprend l’art de la rime aux côtés de Judy, une ancienne star du freestyle, dont le prénom n’est pas sans rappeler une autre vedette déchue... Leur sororité crève l’écran et fait du rap un héritage intime et politique.
Dans ce coming-of-age vibrant, Ingride Santos Piñol fait de son héroïne une “boss lady”, interprétée avec rage par la révélation Latifa Drame. Par son flow habité, elle figure les vécus invisibles qui arpentent les grands espaces urbains de Barcelone. Mais Lati se heurte maintes fois au cadre de l’image, dont le format rétrécit à chaque retour au foyer familial. L’appartement étroit dans lequel vit sa mère et sa petite sœur renferme le poids des traditions venues de leur pays d’origine, le Mali. Trop vulgaire, le rap est pour sa mère le rempart à la réussite de sa fille, pour laquelle elle s’est tant sacrifiée.
L'heure de l’ultime round a sonné. Les rimes racistes et misogynes pleuvent sur le ring. En face, Lati en fait le terrain d'expression du deuil de son père, de ses origines maliennes enfin assumées et semble dédier cette dernière battle à « toutes les petites filles noires un peu bizarres »1.

1 Extrait du discours de Théodora lorsqu'elle reçoit le trophée de la Révélation féminine de l'année, à la cérémonie des Flammes 2025.
