Inspiré du roman de Bohdan Czeszko qui a une expérience de l'Occupation assez proche de celle de Wajda, ce film fait le portrait de jeunes garçons qui grandissent à l'époque de la domination allemande. On pourrait croire que Wajda n'allait réaliser qu'un film de plus sur un thème si fréquemment abordé (...)

Pourtant, Génération fut un tournant dans l'histoire du cinéma polonais de l'après-guerre. Roman Polański, qui jouait un petit rôle dans le film, s'en souvient ainsi: « Pour nous, c'est un film d'une importance extrême. Tout le cinéma polonais est parti de là. Ce fut quelque chose de merveilleux (...). Toute l'équipe était très jeune. Wajda était très jeune, très sincère. On travaillait jour et nuit. Il croyait à cela; c'était quelque chose de très nouveau en Pologne (c'était encore l'époque stalinienne); c'était un film différent, fait par un jeune». Qu'est-ce qui distinguait donc ce film des autres?

Il était bien sûr différent de tout ce qui se faisait à l'époque: des personnages vrais et attachants au lieu de figures héroïques à la mode ("Un personnage ne peut être héroïque qu'à son insu", disait Wajda), des motivations complexes parfois ambiguës, bref un univers simple et quotidien avait remplacé les constructions artificielles en vogue. Mais l'œuvre fit plus que remettre en question les normes boiteuses d'une doctrine absurde.

Une sorte de phénomène alchimique se produisit sur le tournage de Génération, qui figure au cœur même de la réalisation. Cela s'explique peut-être par le fait que ses auteurs étaient tous à peu près du même âge, du scénariste (Czeszko) au chef opérateur (Jerzy Lipman), en passant par le compositeur (Andrzej Markowski) et les acteurs. Tous jeunes et enthousiastes, ils entraient dans le studio exempts des réactions et préjugés de leurs aînés. Ils introduisaient de nouveaux points de vue, aimaient le néoréalisme et analysaient le cinéma en y cherchant une image de leur expérience propre.

Génération dut sa simplicité toute particulière au néoréalisme. La mise en scène et les décors évitaient à tout prix les vieilles habitudes. On tirait profit au maximum de la pluie, du ciel nuageux, d'un climat qui contribuerait à apporter à l'écran une nouvelle approche de la réalité. Afin d'éviter les effets de studio, on ne travaillait en studio qu'accessoirement. Les dialogues évitaient soigneusement tout slogan ou expression tendancieuse. Enfin, le jeu des acteurs se caractérisait par des interprétations naturelles et émouvantes, de la part de presque tous les comédiens. Avec Génération, quelque chose vit le jour qui, à l'exception de l'Italie, n'existait nulle part ailleurs en Europe.

A cet esprit néoréaliste, s'ajoute la sensibilité très particulière de Wajda. C'est, d'un côté une recherche continuelle de l'effet dramatique dans chaque séquence, chaque scène, presque chaque plan. De l'autre côté, c'est sa sensiblité visuelle qui le force à renfermer l'image dans des formes harmonieuses et significatives. Ainsi, dès son premier film, on pouvait parler de l'expressionnisme et du symbolisme de Wajda.

Les autorités culturelles ne réservèrent pas un accueil positif au film. Wajda se souvient qu'on l'accusa d'avoir «mal traité le problème juif, d'avoir pris [ses] héros dans le lumpen-prolétariat». On lui reprocha aussi son recours trop fréquent à la violence et la brutalité. Le film fut tout de même distribué à partir du 25 janvier 1955.

Les critiques furent bonnes sans être enthousiastes. Les réactions étaient mitigées. Certains étaient perturbés par les relents de réalisme socialiste que comportait, selon eux, le sujet même.

D'autres critiques, plus proches des autorités, reprochaient à Wajda son utilisation du néoréalisme, qui n'avait pas les faveurs du pouvoir. L'avis qui résume le mieux les réussites du film vint plus tard sous la plume d'Antoni Bohdziewicz, lui-même réalisateur, professeur à l'école de Łódź et l'un des mentors de Wajda, auteur de rares critiques: «La vie réelle vient de remplacer la bouillie sur les écrans».