Comment est né Radiostars ?
Romain Levy : De mon désir de me lancer dans un projet que je réaliserais pour aller cette fois-ci au bout de mes idées. Et, avec Mathieu, j’ai tout de suite eu envie de raconter une histoire d’amitié à partir d’un mec, Ben, à qui on met beaucoup de pression pour être dans la lumière sans qu’il en ait un vrai désir. Il a ensuite fallu trouver l’univers dans lequel la développer. Et très vite nous est venue l’idée de la radio.
Mathieu Oullion : Car c’est là qu’on s’est rencontrés avec Manu et Romain, il y a plusieurs années. Et que notre bande de potes est née.
R.L. : C’est un bon cadre car il peut à la fois exister de l’amitié et de la compétition à l’intérieur d’une bande d’animateurs. Il ne s’agissait pas pour autant de faire un portrait cinglant de ce media. Mais il était important de le dépeindre correctement. Car si le spectateur n’y croit pas, il n’y a aucune raison qu’il croie plus à l’histoire qu’on développe.
M.O. : Dans notre première version du scénario, on rentrait d’ailleurs énormément dans les détails du quotidien de la radio : le rapport avec les auditeurs, le désagrément du réveil très matinal obligatoire…
R.L. : Mais le road movie a pris de plus en plus de place au fil des versions. Et on a finalement sorti assez vite nos personnages du studio.
Ce film est donc pour une large part autobiographique ?
M.O. : Oui, on a construit l’histoire autour d’anecdotes qui nous sont arrivées. Le personnage de Ben est ainsi directement inspiré par le parcours de Romain qui, comme lui, a débarqué comme auteur dans la bande que nous formions à la radio. Et celui d’Alex raconte, à sa manière, le parcours de Manu Payet qui l’interprète et qui a su à un moment quitter la radio pour monter sur scène avec le succès qu’on sait.
R.L. : C’est vrai que, comme Ben, j’avais essayé de tenter ma chance aux États-Unis sans rencontrer le succès dont je rêvais. Comme lui, encore, je suis donc rentré en France avec cette haine de moi et ce malaise de ne pas avoir été à la hauteur des aspirations de ma famille. Et j’y ai assez vite vu un excellent point de départ pour un film. Car on parle peu des personnages qui ont connu leur premier échec à 25 ans. Mais au-delà de mon propre parcours, on a surtout nourri Radiostars de tout ce qu’on a vécu en travaillant ensemble à la radio : cette hiérarchisation entre les membres de la bande, ce besoin de se balancer des vannes au lieu de se parler directement, cette suffisance dont on n’a pas conscience sur le moment…
Comment écrivez-vous ensemble ?
M.O. : Romain sait exactement ce qu’il veut et, pour ma part, j’ai pu lui apporter ma plus grande expérience de la radio où j’ai bossé pendant 10 ans avec Manu dans le morning le plus écouté de l’époque. Mais c’est parce qu’il savait exactement où il voulait aller que j’ai pu m’inscrire parfaitement dans le cadre qu’il avait fixé et le nourrir le plus efficacement possible. Notre principe d’écriture était simple : tant que nous n’étions pas tombés d’accord, c’est que nous n’avions pas la solution.
R.L. : Mathieu était mon garde-fou auquel je faisais une totale confiance.
Pourquoi avoir souhaité aller vers Les Productions du Trésor ?
R.L. : Parce que je savais intuitivement qu’avec eux la déperdition allait être minime entre ce que je voulais faire et ce qu’ils allaient me laisser faire parce qu’ils auraient compris mes intentions. Et le premier retour sur le scénario d’Alain Attal m’a conforté dans mon intuition : on était sur la même longueur d’ondes. Les scènes qu’il aimait le plus étaient nos préférées et celles sur lesquelles il nous mettait en garde correspondaient aux moments qu’on trouvait les plus faibles. Et on s’est retrouvés sur ce besoin permanent de réalisme. Ce souci de réalisme permet aussi à ce film de s’inscrire pleinement dans son époque.
Cet aspect était important pour vous ?
R.L. : J’ai bien sûr envie de faire rire mais aussi de parler de notre époque via des personnages qu’on peut facilement identifier sur la cartographie de la société d’aujourd’hui. Notre ambition était avant tout de montrer ce métissage culturel qui constitue la jeunesse d’aujourd’hui et dans lequel ma génération a grandi à l’école. Certains trouveront cette France un peu idéalisée mais c’est celle que j’avais envie de donner à voir.
On sent aussi dans Radiostars le désir de mêler rires et tendresse, le tout avec un ton souvent très grinçant…
R.L. : Dans ce genre de films de potes, pour faire passer des moments d’émotion, il me paraît indispensable d’avoir montré en amont la violence des rapports qui existent entre les différents protagonistes. Et ce pour qu’au moment où ils laissent leur masculinité de côté, l’émotion ne bascule pas dans la guimauve.
Vous n’hésitez pas non plus à nourrir votre récit de répliques politiquement très incorrectes. Vous étiez-vous fixés des limites à ce sujet ?
R.L. : Vous voulez parler de « Tu vas venger 6 millions de Juifs avec ta bite » lancé par Alex à Ben alors que ce dernier s’apprête à coucher avec une jeune blonde qui a passé la soirée à tenir des propos antisémites ? Pour savoir si je pouvais faire tenir de tels propos à un de mes personnages, j’ai fait comme Michel Hazanavicius : j’ai demandé à ma mère si cela ne la choquait pas ! Et comme elle m’a dit que non, on l’a gardé. Sur ce sujet, notre principe était très simple avec Mathieu. Si l’un d’entre nous était choqué par l’idée que l’autre venait de trouver, il fallait absolument la garder !
Quelles références cinématographiques ont nourri l’écriture de Radiostars ?
R.L. : Tout d’abord, je dois reconnaître honnêtement que sans Presque célèbre de Cameron Crowe, Radiostars n’existerait pas. Cette filiation est évidente.
M.O. : C’est d’ailleurs le premier film qu’on a revu quand on a commencé à écrire.
R.L. : Mais ça n’a pas été la seule source d’inspiration. Pour les scènes du retour de Ben des États-Unis, j’avais l’atmosphère du Lauréat en tête. Et comme je suis un inconditionnel de Judd Apatow, j’espère avoir réussi à obtenir la même liberté de ton que dans ses films. Et puis, j’ai évidemment regardé énormément de films de radio : Talk Radio d’Oliver Stone, Pump up the volume ou celui que je considère comme le meilleur : Good morning Vietnam.
Vous n’aviez aucune référence française ?
R.L. : Si. Pour les réflexions très anti-provinciales lâchées par Arnold, je me suis inspiré de tout cet humour français qui naît de la méchanceté vis-à-vis des petites gens. Celui qui a nourri la plupart des grands films de De Funès. Je ne prétends pas avoir réalisé une comédie à l’italienne mais je tenais à cette réalité sociale, dont, pour le coup le cinéma américain de studio est totalement déconnecté.
Comment a réagi votre ami Manu Payet quand vous lui avez proposé le rôle d’Alex ?
R.L. : On a écrit ce film sans jamais lui en parler. Il savait juste qu’on travaillait sur un scénario mais sans connaître le sujet. Et puis, quand on s’est sentis prêts, on lui a donné une première version.
M.O. : C’était un moment forcément angoissant pour nous. Car audelà d’être notre ami, Manu connaît par coeur une partie des histoires qu’on raconte ici et on ne savait pas comment il allait recevoir tout ça. Et le fait qu’il l’ait aimé nous a vraiment enlevé une grosse pression.
Pourquoi avez-vous fait appel à Clovis Cornillac pour jouer Arnold, le chef de cette bande d’animateurs ?
R.L. : En fait, je n’ai pas pensé à lui tout de suite. Car comme je souhaitais que flotte sur ce film un parfum de jeunesse, on avait a priori décidé de ne réunir que des acteurs qu’on n’avait pas ou peu vus, à l’exception évidente de Manu. On a dû auditionner 80 comédiens pour le rôle d’Arnold. Et puis, un jour, alors que j’allais envoyer à Clovis le scénario pour voir s’il accepterait de jouer le patron de la radio (incarné finalement par Laurent Bateau), je l’ai appelé pour qu’il le lise aussi en pensant à Arnold. Deux heures plus tard, il m’a rappelé pour me dire qu’il était partant. Et il m’a fait un cadeau magnifique. Parce qu’à mes yeux, Clovis incarne la France et apporte à Radiostars un parfum de réalisme social.
Quels étaient vos principes de mise en scène sur ce tournage ?
R.L. : Le principe de base était simple : je voulais que la caméra soit toujours à l’endroit le plus juste pour filmer la situation, sans aucune autre contrainte. Et je souhaitais éviter au maximum l’emploi de plans fixes qui auraient figé la dynamique. J’ai donc opté pour un tournage caméra à l’épaule mais en se comportant comme si celle-ci était fixe.
Est-ce que le film a beaucoup été modifié au montage ?
R.L. : On a là encore choisi comme monteur quelqu’un qui n’avait jamais monté de long métrage. J’en avais vu des plus chevronnés surtout dans le domaine de la comédie mais aucun n’avait l’âge du film. Or je le répète, il était pour moi essentiel pour la compréhension de l’ensemble qu’on soit tous de la même génération. Et avant de commencer à travailler ensemble, je lui ai demandé de regarder quelques films comme I love your ma, pour lui donner une idée de la fluidité et de l’efficacité que je souhaitais, et qu’on a, j’espère, obtenue.