Nouveau film de "quartier" pour Guédiguian et sa troupe marseillaise habituelle (Ascaride, Darroussin, Meylan...) agrémentée de nouveau venus bienvenus (Maryline Canto, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin...).

Le cinéaste explique l'origine du film dans sa lecture d'un poème de Victor Hugo, Pauvres Gens. La fin du poème, c’est à dire l’adoption des enfants de la voisine décédée par le pauvre pêcheur, qui dit « nous avions cinq enfants, cela va faire sept» et qui découvre que sa femme l’a devancé en les ramenant chez eux, est absolument bouleversante. Un tel élan de bonté, un tel excès de coeur, c’est exemplaire. Et, en plus, il y a cette concordance, ce geste amoureux des deux personnages, l’homme et la femme, qui sont à égalité dans la générosité. J’ai immédiatement pensé que ça ferait une magnifique fin de film. Il ne restait plus qu’à trouver un chemin contemporain pour arriver à cette fin là.

Et, comme en 1980 avec Dernier été, comme en 1997 avec Marius et Jeannette, j’ai eu envie de faire le point. Sur ce quartier où je suis né, l’Estaque, et sur les «pauvres gens» qui l’habitent … Retourner là où j’ai commencé à regarder le monde et voir comment il est aujourd’hui, pour en tirer, peut-être, deux ou trois choses universelles.

C’est un film, qui, une fois encore, met à l’épreuve la réalité du mot «ensemble» ? Pour moi, l’une des choses les plus graves dans la société actuelle, est qu’il n’y ait plus de conscience de classe. Au sens où on ne peut même plus dire «classe ouvrière», c’est pourquoi je dis les «pauvres gens». Or la conscience d’être des «pauvres gens» n’existe pas. Il s’avère qu’il n’y a plus, en France, les grandes unités industrielles qui existaient encore dans les années 1970-80, où trois mille ouvriers sortaient de l’usine.

La conscience de classe, à ce moment-là, était non seulement possible, mais elle se voyait : elle était matérialisée par ces milliers d’hommes en bleu de travail. Et, tout naturellement, les gens étaient ensemble, ils avaient des intérêts communs, y compris, d’ailleurs, quand ils avaient des identités différentes. Il n’y a pas deux peuples, l’un autochtone, salarié, syndiqué, pavillonnaire… et l’autre chômeur, immigré, délinquant, banlieusard.

La politique et le cinéma peuvent oeuvrer à démasquer cette imposture intellectuelle. Je ne changerai jamais d’avis là-dessus : c’est là l’essentiel."

En contrepoint, à chaud, quelques réactions filmées en sortant de la projection cannoise. L'impression d'un film qui prône la générosité et dont la forme de conte n'occulte pas une certaine dureté du discours pour rester lucide sur la "lutte des classes", précisément.