Robert Guédiguian et la "gauche ligne" de son cinéma
L'auteur de Marius et Jeannette et Les Neiges du Kilimnadjaro explique comment il a quitté pour une fois les quartiers de Marseille pour filmer un territoire plus abstrait mais qui lui est tout aussi cher, celui de la politique. Un paysage "à gauche" dont les lignes restent toujours trop floues quand intervient l'exercice du pouvoir.
"Le Promeneur du champ de Mars est une fiction librement adaptée du livre de Georges-Marc Benamou : Le Dernier Mitterrand. Ce récit était déjà une mise en forme artistique par sa construction et par son interprétation permanente des faits relatés.
Par ailleurs, il permettait de développer en toute liberté le personnage du jeune journaliste dans lequel je pouvais m’investir face à un personnage plus contraignant par définition parce que historique. Enfin et surtout, le livre contenait l’idée d’un “compte à rebours” face à la maladie et à la proximité de la mort.
Le Promeneur du champ de Mars tient tout entier dans la conversation-relation entre ce jeune homme en quête de certitude et ce vieil homme saisi d’effroi devant sa prochaine disparition.
Par ailleurs, le désir de m’éloigner de mon sentier battu me titillait depuis longtemps. Non pas que j’éprouve les moindres gêne ou empêchement à y cheminer mais… La curiosité… Il fallait pour cela un enjeu à la mesure de cette curiosité, un sentier très différent.
C’est Frank Le Wita qui m’a proposé ce film, assorti de la présence de Michel Bouquet. Et si le film est une fiction sur François Mitterrand, c’est aussi un document sur l’art de Michel Bouquet…
François Mitterrand a incarné la possibilité du socialisme en France et en Europe au moment même où les pays socialistes s’effondraient dans le monde entier. Il a, qu’on le veuille ou non, qu’elles qu’aient été, dans son destin, les parts de conviction et d’ambition personnelle, rendu le rêve socialiste crédible pendant une longue décennie.
Cette décennie, je l’ai vécue avec obstination.
Poser à nouveau, aujourd’hui, la question d’une alternative au capitalisme mondialisé à travers un personnage historique me semble être en droite ligne (devrais-je dire en gauche ligne) avec tout ce que j’ai tenté de faire jusqu’à présent : c’est-à-dire participer à travers le cinéma aux interrogations de notre époque."