Dès le départ, il y avait ces unités de temps et d’espace, une « prison dans le temps » et une « prison dans l’espace ». Cela peut suggérer une dimension théâtrale, mais ces paramètres m’intéressaient surtout dans le sens où j’estime important de devoir travailler avec des restrictions.
 
Je voulais que le monde cinématographique créé par le film reste compact, que le spectateur y navigue avec un sentiment grandissant de claustrophobie qui l’enveloppe peu à peu, comme une robe.

J’étais également très intéressé par l’idée d’une caméra qui resterait statique. Pour l’instant, il ne me vient pas à l’idée de filmer avec ma caméra à l’épaule, car l’authenticité et le naturalisme que cela implique ne m’intéresse pas. Je suis très critique envers les grands mouvements de caméras, mais je ne crois pas non plus que le sentiment de réalisme s’obtienne en filmant simplement la réalité. Je suis pour une stylisation de la réalité.

En contraste avec cette caméra statique, j’ai eu beaucoup de plaisir à créer une dynamique de mise en scène avec cet ensemble d’acteurs qui se dé - plaçaient dans la maison. C’est quelque chose que j’avais déjà développé dans mes courts métrages. L’idée d’une famille nombreuse s’est rapidement imposée à moi. Certains thèmes, qui relèvent plus de l’ambiance et l’atmosphère, étaient également présents dès le début comme la solitude, la nostalgie, le fait de se sentir prisonnier d’un projet de vie, la mélancolie, des personnalités complexes, un voyage problématique le long d’une vie qui n’est pas un fleuve tranquille, la vie familiale quotidienne perçue comme une prison. La toute première image qui m’est d’ailleurs venue pour le film est celle d’un chat qui gratte à une porte. Il cherche à rentrer dans un lieu où il n’a pas accès, il désir quelque chose qu’il ne peut obtenir, il est exclu de ce qu’il convoite.

Le projet est également passé par un séminaire d’écriture organisé par la DFFB et présidé par Béla Tarr. L’exercice de ce séminaire consistait à faire une adaptation libre d’un texte de Kafka, et j’ai choisi « La métamorphose ». Dans le film fini, le texte de Kafka n’est qu’accessoirement perceptible, dans l’idée de la cuisine comme un lieu de rendez-vous et d’interaction sociale, à la différence des chambres, dans lequel les personnages peuvent se retirer pour isoler et être antisocial.

 

Propos recueillis par Grégory Coutaut (FilmdeCulte)