L'histoire

Le long-métrage de J.C. Chandor nous fait entrer dans les coulisses d’un des géants de la finance mondiale et livre un portrait sans concession d’un système sur le point de s’effondrer. Margin Call se déroule sur 24 heures et nous fait suivre les différentes étapes de la catastrophe : de la naissance du soupçon à la totale prise de conscience de l'étendue du cataclysme, de l’examen des dégâts, à la fois personnels et financiers, au retentissement du gong final, lorsque le “bain de sang” des négociations s’achève.

La genèse de Margin Call tient une place particulière dans la vie de J.C. Chandor : “Beaucoup de gens se sont demandés d’où me venait cette compréhension si précise du milieu de la finance, dans la mesure où je n’en faisais pas partie. Mais mon père a travaillé près de quarante ans au sein de la société Merril Lynch, donc j’ai fini par savoir qui sont ces gens, à quoi et comment ils pensent, ce qui leur importe le plus dans la vie.”

Une dimension personnelle

Ainsi, le père de J.C. Chandor et un large panel de vétérans de la finance ont joué un rôle non négligeable dans la réussite du scénario. Le réalisateur les a consultés afin qu’ils l’aiguillent pour représenter au mieux les personnalités types de cette profession et s’assurer de l’authenticité du récit. Son père déclare : “Je pense que J.C. s’est inspiré des différentes phases que j’ai traversées. En période d’embellie, j’étais chargé, dans l’urgence, de recruter de nouveaux employés. Quand ça allait mal, c’était aussi à moi de les licencier et il arrivait parfois que J.C. les ait connus. De manière générale, si on évalue Wall Street en tant qu’entreprise, elle n’est pas bien “managée”. On y trouve de très bons courtiers, de très bons banquiers et de très bons commerciaux, mais il est difficile de faire fonctionner tous ces rouages avec une certaine constance tout en faisant des profits à l’année. Et il n’y a pas tant de sociétés qui sont capables de mener ça à bien. Le talent de J.C. a notamment consisté à faire comprendre le système au spectateur lambda, voire même à l’initier.”

Pour l’acteur et producteur Zachary Quinto, que l’on a pu voir entre autres en Spock dans le Star Trek de J.J.Abrams, c’est ce point de vue personnel qui a nourri le scénario et l’a rendu aussi solide et séduisant : “J’avais pressenti, avant même de rencontrer J.C., qu’il était véritablement habité par cette histoire. C’est formidable, note-t-il, lorsqu’une expérience, aussi individuelle soit-elle, est retran-scrite avec une telle fluidité sur le papier, au point qu’un acteur puisse si facilement se l’approprier et l’interpréter. C’est quelque chose d’unique. Pour moi, ces personnages sont des gens qui existent dans la réalité et c’est une des choses qui nous ont séduits. Le fait que J.C. soit auteur et réalisateur nous a fait gagner un temps fou et nous a permis de ne pas gaspiller inutilement notre énergie, parce que c’est un monde qu’il connaît. Du coup, il savait exactement comment nous diriger, comment nous donner des repères par rapport aux situations vécues par les personnages, quelles relations ils entretenaient avec l’argent, ce que représentaient tels ou tels chiffres, etc... Ça n’a pas de prix et ça nous a vraiment porté tout au long du tournage.”

Un regard empathique

Ce qui aurait pu n’être qu’un brûlot anti-capitaliste entre les mains d’un autre metteur en scène est devenu un portrait tout en nuances, sans trace de manichéisme, grâce à la relation personnelle qu’entretient J.C. Chandor avec son sujet : “J’ai essayé d’adopter un regard plus empathique, en abordant la question sous plusieurs angles. Le nœud de cette histoire repose sur l’humain. Ce n’est pas comme si j’étais le porte-parole des banquiers et que je cherche à les défendre. Mais je connais une bonne partie de ces gens et mon intention n’était pas de les diaboliser non plus.”

“Un des aspects du scénario que je préfère, c’est qu’il ne juge pas. Il n’y a pas de lynchage en place publique. C’est avant tout une réflexion sur les choix que font les gens et leur marge de manœuvre, poursuit Zachary Quinto, J.C. livre un constat très profond là-dessus, avec une démarche d’une grande intégrité.” Enfin, bien que Margin Call se distingue par l’utilisation d’un vocabulaire très technique, la trame en elle-même n’a rien d’inaccessible.

L’histoire transcende ce jargon complexe : “C’était très important pour moi quand j’ai lu le scénario. Il avait à cœur de s’adresser à ma génération, à notre culture, de nous donner les clés pour rendre la crise compréhensible à l’homme de la rue. Je pense que c’est cet élément-là qui nous a convaincus et qu’on a pris la décision d’en faire le premier film qu’on soutiendrait au sein de notre société de production.”