Le film a été réalisé aux Etats-Unis [alors que] le gouvernement de Richard Nixon, de plus en plus paranoïaque, constituait une liste noire de citoyens américains opposés à sa politique nationale et internationale.

Les comédiens amateurs étaient typiques de la jeunesse militante américaine de l’époque – un certain nombre d’entre eux avait déjà été emprisonnés, plusieurs avaient été confrontés au harcèlement raciste et violent de la police de Los Angeles. Les membres du Tribunal étaient également amateurs, certains exprimant leur propre conservatisme, d’autres se faisant les «avocats du diable ». [...] La différence majeure entre l’Amérique des années 70 et celle des années 90, c’est qu’un grand nombre de jeunes américains étaient fortement politisés, alors que ce n’est plus vrai aujourd’hui.

Toutefois, on retrouve le même contexte social répressif. Sous des apparences trompeuses, la situation est encore pire actuellement et il est certain que comparé à la violence de l’Amérique contemporaine, Punishment Park ressemble à un pique-nique champêtre.

Le film fut interdit de projection aux USA dès sa sortie et jusqu’à présent n’a toujours pas été diffusé à la télévision américaine. Le critique le plus renommé du New York Times attaqua violemment le film en dénonçant une vision totalement fausse et paranoïaque des USA, et il fut retiré de l’affiche quatre jours après sa sortie à New York – vraisemblablement sous la pression des autorités fédérales.

Le refus des Américains d’assumer leur histoire n’est que l’une des étonnantes réactions provoquées par le film, l’une des rares fictions ouvertement politiques jamais réalisée dans ce pays. La censure du film aux USA, et par la suite de l’ensemble de mon œuvre dans la plupart des pays occidentaux, traduit la peur qu’a la télévision d’un public s’exprimant clairement et avec force, surtout lorsque cela concerne l’hégémonie du système économique, militaire et médiatique qui contrôle le monde aujourd’hui.

Le déni de la parole publique dans les médias est une des tragédies politique et culturelle de ce siècle. Ce n’est pas un hasard si un des thèmes majeurs du film est l’ambivalence des médias qui tentent de couvrir les événements du Park avec leur coutumière «objectivité».

Punishment Park n’est pas seulement un constat portant sur une période spécifique de l’histoire américaine ou une opportunité pour de jeunes américains de s’exprimer sans censure: c’est également une métaphore de l’évolution d’une société, régie par l’exploitation et la loi du marché, transformant la planète entière en un Punishment Park généralisé. Un monde où les sans voix, les pauvres, les exclus d’Internet, et tout ce qui n’est pas blanc, est totalement marginalisé.

Punishment Park se voulait à l’époque un constat de l’état psychique de notre société. Rien ne prouve que la situation ait changé – si ce n’est dans un sens négatif. La polarisation et le conflit décrits par le film se sont constam- ment vérifiés depuis 1970, sous forme locales et/ou internationales.

Peter Watkins