"J'ai tenté de montrer dans ce film un amour absolu qui s’épanouit de manière imprévisible, à un moment où la vie est censée s'achever.

M. Park et Mme Lee sont très âgés, mais leur amour est plein de jeunesse. Si, à première vue, l’amour qu'ils se vouent est comparable à celui d’autres histoires amoureuses, il est, en fait, exceptionnel et particulièrement beau.

Leur corps a vieilli, mais leur esprit est resté jeune. La sexualité est, pour eux, un élément essentiel de la vie et la plus puissante affirmation de leur existence.

Depuis que j’ai rencontré ce couple et fait ce film, je n’ai désormais plus peur de vieillir. Vivre vieux m’est devenu une perspective agréable, car rien n'est plus formidable que la vie."

Park Jin-pyo

Vous avez travaillé avec Park Chi-gyu et Lee Sun-ye pour la première en 2001 lorsqu'ils ont participé à Love, un documentaire en trois parties que vous avez réalisé pour I-TV. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de leur histoire un film ?

Comme tout réalisateur qui se respecte, je dois, avant de faire un film, me demander pourquoi et comment je veux le faire. Et ma motivation est toujours l’exploration du champ amoureux. C'est ce qui m'a poussé à faire Love où je m'intéresserais à la solitude de sept personnes âgées et à leur position marginale dans la société.

Je ne sais pas si c'est la même chose dans d’autres pays mais, en Corée du Sud, discuter des besoins, y compris sexuels, des personnes âgées est un sujet quasiment tabou. Comme la télévision impose certaines contraintes et que je souhaitais aller plus loin, j’ai décidé d’en faire un film. Voilà comment le projet est né.

Vous vous êtes, avant tout, attaché à dépeindre les émotions de Park Chi-gyu et Lee Sun-ye laissant de côté leurs histoires personnelles, leurs origines, leurs milieux... Pourquoi un tel choix ?

Mme Lee m'a dit un jour que l’amour se construit, qu’il ne vous tombe pas dessus. Et sa remarque m’a convaincu que rien ne différencie son couple des autres couples. Qu’en fait tous les couples sont confrontés aux mêmes questions. Si je m'étais également intéressé à leur passé, mon propos serait devenu plus sociologique et plus diffus.

Ce qui m'attirait chez eux, et c’est ce que j’ai tenté de retranscrire, c’était leur indéfectible volonté de n’être jamais séparé. Comme en témoigne la scène où M. Park rentre chez lui et trouve un mot de Mme Lee disant qu'elle revient. Il est tellement fou d'inquiétude qu’il la cherche partout, son absence ayant ravivé le souvenir douloureux de ses années de veuvage. Cette scène s’inspire d’ailleurs d’un incident qui s'est réellement produit trois mois environ avant le début du tournage. Lors d’un voyage organisé, Mme Lee était en effet allée voir, sans le dire à M. Park, ses voisins de palier pour discuter avec eux.

Comment les avez-vous convaincus de faire l’amour devant la caméra ? Et pourquoi l’avez-vous tourné en plan séquence ?

Pour eux, le sexe est à la fois une source de joie et une manifestation de leur santé et de leur vigueur. C'est ce qui les conduit à vivre comme ils le font. Je savais donc que je devais les montrer en train de faire l’amour. Maintenant que le film existe, je ne pense pas qu'il soit important de savoir comment je les ai convaincus.

La seule chose que vous devez savoir est que je ne les y ai pas obligés. La manière dont ils font l’amour est d’autant plus belle qu’ils ont de la considération l’un pour l’autre et qu’ils sont à l’écoute du désir de l’autre.

Et si j’ai filmé cette scène ainsi, c’est qu’en tant que réalisateur, je ne voulais rien faire qui puisse interférer.

Comment M. Park et Mme Lee ont-ils reçu le film ?

Ils sont tous les deux très contents et très fiers du film. Ils pensent qu’il est fidèle à leur expérience et à leurs émotions. Trop jeunes pour mourir leur doit beaucoup.

 

Interview réalisée par Tony Rains à Séoul en 2002