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" Nous sommes uniques... mais à deux."
Les frères Polish ne sont pas siamois, comme les personnages de leur film, mais, acteurs, auteurs et réalisateurs de ce premier long-métrage inclassable, ils en revendiquent le côté autobiographique. Au niveau des sentiments.
Les deux frères du film s’appellent Falls parce que c’est l’histoire d’une chute ?Michael Polish : Oui, ils tombent. Ensemble. C’est une chute symbolique, qu’ils font obligatoirement à deux, et c’est la tragédie de leur vie. C’est aussi en référence à un souvenir d’enfance. On allait régulièrement en vacances à Idaho Falls, où il y a des doubles chutes d’eau, comme le Niagara. On allait les voir chaque année et on avait toujours ce même sentiment : une grande mélancolie. Ces chutes d’eau nous ressemblaient.Cette errance, la nuit, est à la fois onirique et fantastique…Mais
comme vous êtes jumeaux et que vous interprétez les rôles, on ne peut
s’empêcher d’y voir aussi une sorte de confession.C’est un film très autobiographique dans les sentiments. Un prolongement de tout ce que nous avons pu ressentir. Une métaphore sur notre condition : s’il faut expliquer à quelqu’un ce que c’est d’être jumeaux, c’est le film qu’il fallait faire.C’est un état de dépendance ?Plutôt une façon de s’appuyer l’un sur l’autre, dans le quotidien, dans la routine. On dit souvent que l’on est « soudés ». Le film montre ça, au sens premier !Il y a une certaine tristesse dans le film…Parfois, mais aussi beaucoup d’humour au second degré. C’est une méditation et une réflexion sur notre relation, mais il ne faut pas prendre le film plus sérieusement qu’on ne le voudrait.Pourquoi cette tonalité très obscure et feutrée pendant tout le film ?Pour restituer cette mélancolie ; cette impression de paradis…non pas perdu, mais inaccessible : cette chance d’être un. Nous, nous sommes uniques…mais à deux. Pour exprimer cette sensation, on avait une référence directe : les tableaux de Hopper. C’est une certaine lumière. Des couleurs atténuées. Des tons isolés. Une peinture très économe, qui fait naître des sensations proches des nôtres.Avez-vous rencontré des frères siamois ?Oui, et même certains qui avaient déjà été séparés. Ils ne nous ont rien appris que l’on savait déjà. Et quand la vie de l’un est très différente de celle de l’autre, il reste une envie, un plaisir d’être ensemble.Avec votre frère, vous vous comprenez……sans parler, très souvent. Cette communauté de pensée est réelle. Petits, nous étions déjà des jumeaux très facile à élever. On ne s’est jamais vraiment disputés. Quand l’un aimait un jouet, l’autre l’aimait aussi et on se les échangeait. Sur certains points de discussion, nous étions quand même pas d’accord. En vieillissant, on s’aperçoit que ces divergences s’amenuisent.Quel était, selon vous, l’écueil à éviter ?Que l’on se moque de ces frères, qu’ils soient pris comme sujet de plaisanterie à cause de leur différence. Ou que notre façon de les représenter paraisse ridicule. Quand ils se déshabillent et que la jeune fille détaille leur handicap, il n’est pas question de jouer le jeu de la monstruosité, du dégoût ou de la crainte. Parce qu’il nous semble qu’au delà de ces deux frères et de leur cas particulier, de telles relations « fusionnelles » existent aussi, à un niveau spirituel, entre frère et sœur, entre mari et femme…Comment avez-vous réussi à produire un premier film tellement hors normes ?Ca a été extraodinairement difficile. Pendant deux ans, nous n’avons pas cessé d’expliquer ce qu’il y avait derrière le scénario. Il fallait sans cesse convaincre que l’on était capables de réaliser et d’interpréter ce film. On a ainsi tourné une scène juste pour donner une idée de notre travail. Le résultat, c’est qu’au bout de ces deux ans, nous savions exactement ce que nous voulions faire. On était ultra préparé ! Mais il n’y avait toujours personne pour nous suivre.Alors ?Le scénario circulait pas mal. Une dame l’a lu. Elle avait eu deux sœur jumelles, et a trouvé que l’on parlait du sujet de façon juste et responsable. C’est elle qui a financé le film avec son propre argent. Aucune société n’a voulu s’engager sur ce thème.Au générique, il y a pourtant le nom d’une compagnie de cinéma importante…Quand le film a été projeté au Sundance Festival, tout à coup, tout le monde a été emballé. Et ceux qui n’avaient rien compris à notre démarche ont trouvé le film très clair !Propos recueillis par Philippe Piazzo
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