Est-ce-que, Maria Laura Gargarella et vous, avez écrit le scénario à partir de faits réels ?
Quand nous avons écrit le script, nous souhaitions montrer les graves séquelles physiques et psychologiques causées par les abus sexuels, parmi lesquels il est important de souligner le manque d’estime de soi, la solitude, la culpabilité et la dépression. Mais nous voulions aussi montrer qu’il était possible de dépasser cette réalité, de quitter cet enfer et de retrouver le sens de la dignité, même si ce n’est pas facile, car les personnes victimes d’abus souffrent d’une grande distorsion de leurs relations affectives et sexuelles, ce qui conditionne leur comportement jusqu’à créer des addictions, et même dans certains cas, une dépendance vis-à-vis de leur agresseur.
Est-ce que le tournage fut un défi éprouvant pour vous et vos acteurs, compte tenu du sujet ?
Dès le début, j’ai demandé aux acteurs, spécialement à Michelle Jenner et à Lluís Homar, que leurs rôles n’influent ou n’affectent pas leurs relations avec le reste de l’équipe comme dans leur vie privée. Nous avons tous réussi à maintenir une distance entre le personnage joué et la personne qui le joue ; ainsi, entre les scènes, on a donc pu rigoler et bavarder tous ensemble comme d’habitude. Non, le sujet de l’histoire n’a pas rendu le tournage difficile, au contraire, il a favorisé les relations humaines et toute l’équipe a voulu en savoir plus sur les conséquences des abus sexuels faits aux mineurs et le chiffre élevé des victimes.
Quelle réaction attendez-vous de la part du public ? Y a-t-il un comportement spécial que vous souhaiteriez provoquer chez le spectateur ?
Moi, comme mon équipe, souhaiterions que ce film soit considéré comme notre petite contribution afin de soulever un thème dont personne ne souhaite parler. C’est seulement si nous avons des informations que nous pouvons affronter ce problème et trouver des solutions. Malheureusement, la plupart du temps, les abus sexuels se passent au sein du cercle familial. C’est pourquoi cela est caché et passe sous silence. Il est important que la société ne détourne pas la tête, comme le personnage de la mère dans le film, et crée des campagnes de prévention, détecte les problèmes de cet ordre dans les écoles et les familles, et s’emploie à les régler. Nous aimerions que, par ce film, les personnes abusées se sentent accompagnées et comprises dans leur lutte pour reconstruire leur vie.
Pensez vous que le cinéma puisse aider à résoudre des questions sociales ? Et si oui, comment ?
Le cinéma et les médias audiovisuels, en général, ont une grande capacité à diffuser et à communiquer. Le pouvoir des images dans notre société ne peut pas être remis en cause. En ce sens, le cinéma peut servir à largement refléter notre réalité, et à faire que le public y réfléchisse. La solution à nos problèmes et besoins doit jaillir de la société. Les citoyens doivent se sentir impliqués dans la construction d’une société meilleure et plus humaine. Le cinéma, comme d’autres formes d’art, peut nous aider à comprendre la réalité, et même à ressentir le besoin de la modifier, mais cela ne peut pas se faire tout seul.
C’est pourquoi ma réflexion sur le cinéma coïncide avec ce que disait Jean Renoir: « Ce qui compte pour moi, quand je fais du cinéma ce n’est pas de faire un film parfait. Ce qui m’intéresse c’est que le film serve à améliorer et à favoriser les relations entres les hommes ».