Michael Cuesta est remarqué par les cinéphiles pour L.I.E (2003) mais les fans de série télé ont déjà noté que son nom est associé à la réalisation de quelques uns des meilleurs épisodes de Six Feet Under et Dexter. Contrairement à son premier long-métrage, 12 and Holding est un scénario qu'il n'a pas écrit mais qui est signé Anthony Cipriano, un jeune auteur né en 1975, auteur de programmes télévisés pour enfants. Pourtant 12 and Holding semble prolonger le travail de Cuesta dans L.I.E. donnant l'impression de "remonter le temps".

Son jeune héros de 15 ans aurait très bien pu faire partie de la petite bande d'enfants de 12 ans sur lesquels le cinéaste porte un regard particuièrement sensible. "Dans ce scénario, dit-il, il s'agit d'amour, de cet amour inconditionnel que les enfants portent à leurs parents. Des limites qu'ils sont prêts à dépasser pour rester aimés. Des sacrifices qu'ils consentent pour préserver la stabilité et le bien-être dans leur foyer, quelles qu'en soient les conséquences... Je voulais aborder certains thèmes : l'attirance pour la violence, les conséquences du désir de vengeance, le fardeau que représente pour les enfants les erreurs de leurs parents, et comment la société gère toutes ces questions délicates dans un monde toujours plus complexe."

Un monde de ténèbres ? "Les histoires que je raconte ne sont pas sombres, précise-t-il, mais plutôt réalistes, voire même gênantes mais, pour moi, un film peut être drôle, triste, perturbant, déprimant... qu'importe, pourvu que l'histoire nous permette de nous interroger sur le monde dans lequel nous vivons. Comme dans L.I.E., je cherche à mettre le doigt sur les blessures de la société. Je crois que cela peut avoir un effet bénéfique sur le spectateur, et qu'en fin de compte les choses peuvent changer, d'une façon ou d'une autre.J'ai des enfants encore assez jeunes, et je crois que cela a une influence sur ma façon de réagir à ce qui m'entoure. L'adolescent, c'est l'archétype du personnage qui cherche sa place dans le monde. C'est un thème intemporel et universel. Ce que j'aime dans ces histoires d'adolescents, c'est que l'innocence et la fragilité des personnages leur donne beaucoup d'épaisseur dramatique. On ne sait jamais ce qui va arriver. Je voudrais que le spectateur puisse se souvenir de son entrée dans l'adolescence, ce passage à la fois délicat, délicieux et malaisé. La difficulté de se débarrasser de ses angoisses, la douleur de perdre un être aimé, l'anxiété vis-à-vis de la sexualité. C'est comme une petite guerre du Vietnam intérieure. Quand on y repense, on a oublié à quel point ça a été difficile à vivre. Et chacun garde le souvenir d'un événement, d'une expérience particulière qui a représenté un passage, un pont vers l'âge adulte."