Le personnage du repenti est plutôt sympathique au spectateur. Pourquoi ?
Dans mon film, il y a quatre personnages principaux, quatre victimes. Le couple, l’enfant (qu’on ne verra pas) et le jeune terroriste repenti, sont tous, pour des raisons différentes, victimes d’une société qui s’est brutalement disloquée au début des années 90, avant de sombrer dans une violence extrême. Ce jeune repenti est sûrement un monstre qui a peut-être tué, mutilé.
Mais mon choix dès le départ était de le présenter non pas comme l’archétype du terroriste cliché, mais comme un être humain issu de cette génération sans espoir, sans éducation, prise souvent malgré elle dans le tourbillon de la tragédie qu’a vécu l’Algérie.
Cela ne signifie pas que j’en fais un personnage positif. Tout au long de l’histoire, il poursuit un but, abject à mon sens. Dans ce film, il n’est pas là pour se repentir, il agit pour lui, pour s’en sortir.
Pourquoi autant d’ellipses, autant de mystères dans le déroulement du scénario ?
Le repenti est un film dans lequel les non-dits, les silences, les omissions, les attitudes équivoques et les ambigüités sont sciemment utilisés. Cette façon de raconter et de construire l’histoire renvoie au désir de mettre en images l’atmosphère lourde qui règne encore en Algérie, marquée par ce fameux silence et cette espèce d’amnésie surréaliste qui ne semble gêner personne.
J’ai voulu Le repenti comme un film épuré avec très peu de dialogues, et dans lequel les informations seraient distillées au compte-gouttes pour laisser au spectateur la liberté et le temps de la réflexion.
J’ai choisi de tourner dans la région El Bayadh, à la limite du Sahara, en sachant que l’hiver serait rude et que cette rudesse marquerait les images que j’allais filmer.
Quel objectif poursuivez-vous avec ce film ?
Le repenti se veut une tentative de dialogue sociétal, mais malheureusement l’état du cinéma en Algérie, la disparition du public, l’absence de débat démocratique, l’état de déliquescence des associations, font que je n’aurai pas les riches débats que j’ai vécus autour de mes autres films. Alors parler d’un tabou, dénoncer des choix, raconter des souffrances, faire jouer à ce film son rôle, me semble pour l’instant utopique. Ce qui ne signifie pas qu’il faille baisser les bras... Je considère qu’en tant que cinéaste, j’ai un devoir d’engagement.
Comment votre projet, puis la projection du film, ont-ils été reçus ?
Mon scénario a été rejeté par la commission de lecture du Ministère de la Culture algérien, mais j’ai pu le tourner malgré les très faibles moyens financiers à ma disposition. Depuis, une espèce de chape de plomb s’est installée autour de l’existence du Repenti.
On en parle très peu dans la presse algérienne. On passe souvent sous silence sa présence dans les festivals. J’ai l’impression d’avoir fait un film « honteux », mais cela renforce ma conviction qu’il fallait le tourner.