Comment le film a-t-il vu le jour ?
C’est l’acteur Bernardo Melo Barreto qui m’a amené à ce qui est devenu le sujet du film. C’était il y a 5 ans, à une période où de nombreux enfants des classes moyennes se retrouvaient impliqués dans des trafics de drogues de synthèse à Rio. Pendant longtemps, je redoutais le sort qui suivrait ces excès auxquels les jeunes sont exposés comme à un rite de passage à l’âge adulte. J’ai alors réalisé que mon fils, qui avait 15 ans à l’époque, pouvait vivre les mêmes expériences, et je suis dit que si je faisais un film sur le sujet, je pourrais mieux l’informer, le prévenir, en quelque sorte. Cependant, en creusant mes recherches pendant plus de 2 ans, beaucoup de mes questions sont restées sans réponse. Pourquoi ces jeunes qui ont les meilleures chances de réussite, se retrouvent mêlés à ces affaires ? Est-ce que le plaisir artificiel des drogues leur fait tout oublier ? Ou est-ce que cela les rassemble ? Ces fêtes reflètent-elles une voie existentielle commune ou bien est-ce la revendication individuelle d’une liberté extrême ? Comment nous connaissons-nous nous-mêmes au milieu de la superficialité, de l’agitation et des excès d’un monde impatient ? Est-ce que les relations sont plus profondes, plus lâches ou plus sincères ?
Auparavant vous avez réalisé le documentaire Estamira, qui a reçu plus de 30 récompenses internationales. Comment s’est passée la transition avec la fiction ?
Ça a été un énorme défi. J’étais déjà habitué aux grands plateaux de tournage et aux complications logistiques depuis la production des Tropa de elite, mais c’est très différent du point de vue du réalisateur. Il y a énormément de demandes, d’egos à gérer en plus du sien. Heureusement, j’étais entouré par une équipe très compétente, dont certains que je connaissais des Tropa. Ils m’ont offert une base de travail qui m’a assuré une grande aisance pour cette transition. Ce changement m’a tellement plu que j’ai maintenant commencé à travailler sur un nouveau long-métrage à propos des groupes organisés de hooligans dans le monde du sport. Cela s’appelle No na Garganta, inspiré du livre Entre Derrotas e Vitorias de Raphael Michael, et dont l’écriture du scénario se fait actuellement avec Felipe Bragança. Ce passage du documentaire à la fiction ne s’est pas fait d’un coup. J’adore raconter des histoires, parfois le thème se prête mieux au documentaire, parfois plutôt à la fiction. Ce qui guide mon choix est toujours le sujet.
Pour définir Les Paradis artificiels, vous diriez que c’est…
Une histoire d’amour, de passion et surtout de relations humaines. A tout cela s’ajoutent la controverse, la sensualité et la synesthésie. Ce n’est pas moralisateur, et encore moins un hymne à la drogue. C’est un film sérieux pour les jeunes et les moins jeunes. En tant que documentariste, je voulais faire un portrait de tout ce que j’ai pu voir et découvrir pendant le travail de recherches, qui m’a conduit lors de nombreux déplacements à des soirées privées et à des fêtes, où je réalisais un grand nombre d’interviews. J’ai parlé à tout le monde afin de comprendre comment un jeune aux multiples expériences vit dans notre monde moderne assez instable. Quelles valeurs, idéologies et représentations adopte-t-il pour éviter de succomber à la course effrénée de la consommation, des relations superficielles et au besoin de vivre intensément et librement dans le temps présent ? En fait, le film ne propose pas vraiment de réponses à ces questions, mais il ouvre la porte à la discussion et à la réflexion.