L’idée du film et les personnages sont-ils inspirés d’une histoire vraie ?
L’idée est de Monica Rametta et Clara Ferri. Je me suis intéressé à ce sujet parce que j’y voyais un potentiel intéressant pour raconter la complexité des relations entre la culture, entre le nord et le sud, entre ceux qui ont et ceux qui cherchent une vie meilleure. Le film n’est pas inspiré d’une histoire vraie mais d’un ensemble de faits réels. Cela m’a été confirmé par la rencontre au Festival de Montpellier avec un jeune spectateur qui s’est identifié à l’histoire d’Anis et qui m’a dit que lui aussi était entré en France de la même manière que dans le film.
L’homosexualité féminine est rarement traitée dans le cinéma italien, avez-vous rencontré des difficultés avant et pendant le tournage ?
Je dois dire que le thème n’est pas très fréquent dans le cinéma italien et qu’il y a eu quelques réticences de la part des agents et des acteurs. Chez certains, c’est encore un sujet scabreux et il leur est très difficile d’interpréter des personnages homosexuels. Pendant le tournage, la difficulté était de créer, pendant les scènes d’intimité, un espace qui permettait aux actrices de se sentir protégées et libres de se laisser aller. Ceci, avec une équipe à majorité masculine, n’était pas toujours facile ! Maria et Antonia avaient compris qu’il s’agissait d’une histoire sincère entre deux femmes amoureuses et elles se sont comportées comme telles. A mes yeux, rien n’est vulgaire dans la nudité ou l’acte d’amour.
Concernant les deux amantes, quel sens avez-vous voulu donner à leur relation en faisant de l’une la fille des patrons de l’usine et de l’autre l’ouvrière à la chaîne ?
En amour, comme dans d’autres types de relations, se reflètent les rapports de force économiques et sociaux des individus. Ceci est quelque chose qui a été beaucoup analysé depuis la littérature française du XVIIIème jusqu’au cinéma de Fassbinder. Cela m’intéressait de mêler les différences de classe, et donc du pouvoir, avec une relation d’amour homosexuelle qui, d’habitude, est perçue seulement du fait de la différence sexuelle par rapport à la société. Et ensuite de la confronter avec l’actuel sous-prolétariat, représenté par les immigrés. Cela m’intéressait de faire rejaillir les contradictions que nous portons en nous plutôt que de faire de la propagande ou d’enjoliver les choses.
Y a-t-il une tendance actuelle du cinéma italien à parler du monde de l’entreprise ?
Le cinéma italien parle à nouveau de la réalité de l’entreprise avec beaucoup de force. Son succès récent est très lié au fait de vouloir raconter le pays et ses transformations. Le monde du travail préoccupe beaucoup de jeunes parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas faire le travail de leurs parents, beaucoup vivent dans la précarité sans la possibilité de se projeter dans le futur. Le cinéma doit aussi raconter cette angoisse de l’avenir.