Deux adolescents traqués par une entité surnaturelle protéiforme après une expérience sexuelle... Le pitch de Leviticus pourrait laisser croire à une variation australienne et queer de It Follows. Et pourtant, malgré ses références totalement assumées, le film de d’Adrian Chiarella est bien plus qu’une transposition australienne du film de David Robert Mitchell.

Si la créature de It Follows peut prendre l’apparence de n’importe qui, celle de Leviticus choisit le visage de l’être aimé. Une idée simple, mais particulièrement efficace pour mettre en scène les tourments des jeunes protagonistes.Car derrière son dispositif horrifique, le film raconte avant tout l’homophobie sous différentes formes. Celle de la société et, plus frontalement, celle de l’Église, omniprésente dans le récit. Mais aussi une violence plus intime : celle que les adolescents finissent par retourner contre eux-mêmes, incapables d’assumer leurs désirs et leur identité face à une société qui les condamne pour ce qu’ils sont.

Mais Leviticus n’est pas qu’un film d’horreur, c’est aussi un coming of age et une histoire d’amour adolescente. Une tendresse et une douceur qui contrastent avec la menace qui poursuit les deux garçons, incarnés par Joe Bird (découvert dans La Main des frères Philippou) et Stacy Clausen. Un casting solide, secondé par Mia Wasikowska (Crimson Peak, Stoker, Only Lovers left alive...) dans le rôle de la mère de l’un des deux.

Visuellement, Chiarella soigne particulièrement sa lumière et son décor. L’action se déroule dans une petite ville australienne, au sein d’une communauté réduite où chacun semble connaître les secrets des autres. Un cadre qui rappelle fortement le cinéma de David Robert Mitchell et sa manière de transformer les banlieues américaines en territoires presque clos, où l’horreur peut surgir à quelques rues de chez soi.

C’est finalement dans cet espace clos que Leviticus trouve sa véritable singularité. Là où It Follows transformait le désir sexuel en malédiction surnaturelle, Adrian Chiarella inverse le dispositif : ce n’est pas le désir qui menace les personnages, mais le monde qui leur apprend à le considérer comme une menace. Sous ses apparences de film d'entité maléfique, Leviticus raconte ainsi moins la présence d’un démon que la manière dont une société peut finir par en fabriquer un à partir de ce qu’elle refuse d’accepter.