Quel était le point de départ du film ?

Laurence Ferreira Barbosa : J’avais envie de raconter une relation exclusive entre une mère et son fils au moment trouble de l’adolescence. Pour en parler, j’ai choisi d’imaginer une relation qu’on pourrait qualifier de légèrement tordue. J’ai donc volontairement exagéré le trait, quitte à m’écarter du chemin du réalisme. Le père est parti, les laissant seuls, plus fragiles socialement et économiquement. Ils déménagent et quittent le centre ville pour la périphérie. Donc au début, nous sommes dans le monde clos de la mère et du fils, dans une relation ambivalente qui se décline sur le motif “dépendance-émancipation”. Ils vont, dans un même mouvement, s’accrocher l’un à l’autre et se détacher, chacun ayant l’intuition que leur seul salut est de se séparer pour quelques temps.

Comment les personnages des jumelles ont-elles surgi dans le récit ?

L’idée m’a été inspirée par un documentaire sur deux soeurs jumelles et muettes, que j’ai vu par hasard. On pensait qu’elles s’étaient inventées un langage commun - cas très courant chez les jumeaux - mais en fait, elles avaient simplement un défaut de prononciation et personne ne les comprenait vraiment. Un jour, elles se sont dit : “Puisqu’on ne nous comprend pas, on va arrêter de leur parler”. Je suis partie de ça, deux soeurs jumelles qui ne parlent pas aux autres. Quel est leur monde secret ? C’est sur ce sentiment d’exclusion que se fonde l’association avec Martial.

Il était important pour vous qu’elles soient noires ?

Il était important qu’elles appartiennent à une minorité. On pourrait presque se dire que ce sont des extraterrestres ! Ou qu’elles n’existent pas vraiment, qu’elles sont un fantasme de Martial...

Elles existent bel et bien mais la question qu’on peut se poser est : sont-elles des sorcières ou des anges ?

A partir du moment où les jumelles sont apparues dans mon récit, elles ont vraiment contaminé toute l’histoire, ce sont des personnages dévorants avec lesquels Martial va devoir se mesurer. Sont-elles la perdition ou l’élan vital, le côté noir ou lumineux de la vie ? Ou les deux ? Martial va devoir expérimenter le danger. Avec elles, il va éprouver le vertige de celui qui explore les abîmes. Pour autant, ce ne sont pas uniquement des êtres de mystère. Au-delà de la fascination qu’elles pouvaient exercer, je voulais que l’on puisse avoir accès à elles dans leur intimité.

D’où cette scène quand elles sont seules chez elles, qui est une sorte de bascule dans le film, où l’on se retrouve de leur point de vue. Elles sont dans leur chambre et qu’est-ce qu’elles se disent ? Qu’elles aimeraient être comme tout le monde...  (...) Sur la logique du récit, j’ai tenu à rester réaliste et crédible. Je voulais aussi rester concentrée sur l’histoire des trois adolescents, ses enjeux, sa problématique. Ce qui n’empêche qu’il y aura des conséquences à leurs actes.

Et le désir de situer l’histoire en banlieue...?

Dans mes rêveries, la banlieue m’apparaît toujours comme une terre vierge à explorer, un paysage inconnu et étrange, parfois hostile ou laid mais qui renferme aussi sa part de mystère et de curiosité. Un territoire de fiction. Je voulais que les personnages se déplacent comme des “chats errants”, dans des espaces vides à parcourir. J’ai filmé dans des banlieues très différentes et à partir de là, j’ai recréé une ville imaginaire, avec ses différents quartiers, ses différences sociales.

 

Propos recueillis par Claire Vassé