" Je suis le fils d’immigrés afghans ayant fui leur pays envahi en 1979 par l’Armée Rouge et qui ont demandé l’asile politique en l’Allemagne. Je suis né un an plus tard, en 1980.

Je garde en mémoire une image de mon enfance qui m’a marqué.

J’ai environ 10 ans. Nous vivons avec mon grand-père à la campagne. Seuls. Ma mère travaille en ville ; il est difficile pour une femme étrangère et célibataire de trouver un emploi à la campagne.

La séparation de mes parents en pleine diaspora a provoqué un véritable scandale. Mon grand-père a dû faire tout le voyage depuis l’Afghanistan pour prendre en charge sa fille divorcée et ses deux jeunes enfants. Toutes ces années de guerre, la perte de son fils aîné et le temps qu’il a passé en prison ont transformé mon grand-père en homme de foi.

Chaque jour, il se lève avant l’aube pour prier.

Chaque jour, il nous réveille pour l’école. Il nous prépare le petit déjeuner puis nous presse à partir. Lorsque nous sommes sur le point de quitter la maison, il prononce quelques mots. Une phrase en Arabe. Nous devons nous en rappeler, la répéter encore et encore jusqu’à la connaître par coeur. Il la complète ensuite par de nouveaux mots. Le tout fi nit par faire sens et former une prière.

C’est ainsi qu’au fil des semaines nous avons appris la Fatiha, la sourate d’ouverture du Coran : « Au nom d’Allah, le Tout Clément, le Tout Miséricordieux ».

Il nous a conduits, peu à peu, au credo de l’Islam, à la profession de foi musulmane : « Il n’y a de dieu qu’Allah, et Mahomet est Son prophète ».

C’est ce que l’on appelle la Shahada."