C'est sous le regard innocent de Mimsy Farmer, égérie ciné-pop des années 70, les yeux vers le ciel et la bouche suggestive que se déroule la nouvelle édition du Festival, hommage à Barbet Schroeder oblige, son metteur en scène dans More.
More : le film d'une génération et un titre qui sonne comme un slogan - more, pour ne pas succomber à la fadeur et la médiocrité. En 1969, More était un manifeste libertaire qui tombait à pic. Le soleil d'Ibiza, le sexe, la drogue, la musique des PInk Floyd et l'envie d'un cinéma sans attaches, au gré des envies.
More : un beau symbole aussi pour un festival. Toujours plus. Plus de cinéma ? De ce qu'on veut. Tout ce qu'on peut rêver de plus dans une vie qui procure déceptions et injustices; et toute l'oeuvre de Barbet Schroeder cherche, en réaction, à tendre vers le « plus ». La drogue (More), le sexe (Maîtresse), le jeu (Tricheurs), l'alcool (Barfly), la politique (Amin Dada), la provocation (L'Enjeu), l'attirance vers les extrêmes (La Vierge des tueurs)... Ces lignes (de fuite ?) qui propulsent les hommes vers l'inconnu fascinent Barbet Schroeder. Ce sont des forces intérieures (le déséquilibre de la personnalité, comme dans JF cherche appartement) ou des forces extérieures (un crime, une situation sociale ou politique...), mais les unes comme les autres obligent à explorer des zones inconnues. La destruction et la dissolution que vivent les personnages dans les films de Schroeder, le déshonneur et la déchéance, y deviennent alors le signe de retrouvailles espérées avec la lumière du réel dès lors que la projection s'achève. L'oeuvre de Barbet Schroeder est une oeuvre au noir.
Les hippies de La Vallée, qui s'enfoncent dans la jungle à la recherche d'un Eldorado, et la dominatrice SM et ses clients (Maîtresse) comme les figures bien réelles de Jacques Vergès (L'Avocat de la terreur) ou du dictateur ougandais Idi Amin Dada... Tous sont des figures sacrificielles dont le réalisateur n'a que faire de l'appartenance à la vérité « documentaire » ou à la fiction, l'une nourrissant l'autre.
Le Mystère von Bulow , film de procès avec stars (Glenn Close et Jeremy Irons), inspiré d'un fait divers, est tourné comme un classique hollywoodien mais Barfly, qui adapte Bukowski (après que le réalisateur ait enregistré des heures d'entretiens avec l'écrivain), est, malgré ses stars (Faye Dunaway et Mickey Rourke), tourné comme un pseudo reportage, sans réelle trame narrative.
Atypique par sa filmographie, le cinéaste l'est d'emblée, dès qu'il s'agit de le situer : d'origine iranienne, et suisse, mais élevé en Colombie et démarrant sa carrière en France dans le sillage des tenants de la nouvelle vague (il produit Rohmer), tout en tournant une série de film marquants aux Etats-Unis... jusqu'à, récemment, signer l'un des épisodes de la fameuse série Mad Men.
Pour faire le tour de Barbet Schroeder, il faudrait plus qu'un festival.
Philippe Piazzo
> Rétrospective intégrale de l'oeuvre de Barbet Schroeder, à voir au Festival Premiers plans d'Angers, du 21 au 30 janvier 2011.
Egalement dans les salles du festival... et aussi sur UniversCiné : Ne me libérez pas, je m'en charge, de Fabienne Godet (Mardi 25 Janvier à 19h15 aux 400 coups, suivi d'une rencontre avec la réalisatrice).