Comment est né le film ?
J’étais en train de lire «Crime et Châtiment», et je me demandais de quelle Qui est Sonia ? nature pouvait être l’amour d’une femme prête à pousser l’homme qu’elle aime en prison pour son bien, quitte à se priver de lui jusqu’à la fin de sa vie. Très pragmatique, je me suis dit : «Mais elle est bête, s’il va en prison elle ne le reverra plus». Ça m’a paru contradictoire. Et pourtant, cette abnégation, cet amour sans ego, sans narcissisme, proche de la compassion, a quelque chose de féminin, d’incompréhensible et de fascinant. Ce point de départ m’a amenée à une réflexion sur le couple et sur l’impossibilité – ou la diffi- culté – d’être ensemble. Illustrée par la phrase de Lacan : «Aimer, c’est vou- loir donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas»...
Qui est Sonia ?
Je voulais qu’elle ait quelque chose d’un peu magique. Au début du film, comme tous les anges gardiens, elle ne ressemble à rien, on ne la remar-que pas. Puis, progressivement, on se rend compte qu’elle sait tout faire, un peu comme Charlot : aussi bien parler polonais pour aider Ivan dans ses magouilles que faire du trapèze quand elle se retrouve dans un cirque. Par sa discrétion et ses talents multiples, elle s’immisce peu à peu dans la vie d’Ivan, devient indispensable, jusqu’à apparaître, une nuit, comme la mani- festation de sa conscience. Le spectateur peut se demander si elle existe vraiment, ou si elle n’est qu’un fantasme.