GLORY est le second opus d’une trilogie inspirée de coupures de presse. THE LESSON était le premier, et le troisième est en cours de développement.
Aucun des films n’a de prétention biographique, nous nous inspirons simplement de faits divers et nos films démarrent là où ce qui est raconté dans les coupures de presse s’arrête. GLORY est inspiré d’un événement qui a eu lieu en 2001. Un cantonnier trouve un tas de billets sur les rails et les remet à la police, et il reçoit en récompense une montre qui ne fonctionne plus au bout de quelques jours. Dans une interview qu’il a donnée plusieurs années après, le cantonnier déclare que s’il trouvait à nouveau un tas de billets par terre, il passerait simplement son chemin. Pourquoi cette déclaration ? Cela nous a intrigués et notre imagination s’est mise au travail.
Le film traite de la corruption dans les plus hautes sphères du pouvoir, et de précarité. Est-ce le reflet de la société bulgare ?
Absolument. Mais au-delà de ça, nous pensons que GLORY est un film qui montre la fragilité du bien, de la bonne volonté, et comment il est facile de la corrompre et la détruire.
Tsanko bégaie dans le film, est-ce pour mettre en valeur le fait que les personnes précaires ne sont pas entendues par le pouvoir ?
Le bégaiement est un élément clé du personnage de Tsanko. Il agit comme un mur protecteur, qui l’isole du monde dans lequel il vit, mais qui lui permet de conserver son intégrité. Et évidemment, il y a aussi cet aspect métaphorique de ne pas être entendu par le pouvoir, mais c’est une coïncidence heureuse.
Le film est une comédie noire qui oscille sans cesse entre moments comiques et instants plus tragiques. Pourquoi ce choix ?
Le mélange de comédie et de drame nous a toujours beaucoup inspirés. Dans la vraie vie, ces deux composantes vont de pair, on passe sans cesse de moments heureux à des moments plus douloureux. C’est sans doute pour cela que la tragicomédie est le genre qui nous semble le plus réaliste.
Margita Gosheva et Stefan Denolyubov étaient déjà présents dans THE LESSON, mais avec des rôles opposés. Avez-vous écrit GLORY en pensant à eux ? Ont-ils accepté tout de suite ?
Dans la première version du scénario, la responsable des relations publiques était en réalité un homme, et Stefan devait l’incarner. Mais nous n’arrivions pas à trouver un acteur pour interpréter le cantonnier, nous avons donc décidé de confier le rôle à Stefan. En réfléchissant à nouveau au rôle de responsable des relations publiques, on s’est dit qu’il pouvait tout aussi bien être une femme, et que Margita serait parfaite dans le rôle. Cela permettait aussi de faire un contrepoint intéressant avec leurs rôles respectifs dans THE LESSON, cela constituait un petit défi pour eux. Ils redoutaient un peu le tournage au début, ils ont finalement réalisé deux magnifiques performances.
Est-ce que vous avez également repris la même équipe technique que sur THE LESSON ?
Oui, pratiquement tous les membres de l’équipe de GLORY étaient déjà présents sur THE LESSON. C’est toujours un plaisir pour nous de travailler avec le chef opérateur Krum Rodriguez. Au fil de nos nombreuses collaborations, on a appris à se comprendre mutuellement et la communication se fait de manière très intuitive.
Pour GLORY, nous avons néanmoins accueilli un nouveau membre, le scénariste Decho Taralezhkov, qui a joué un rôle important dans la conception du scénario (et qui a même un petit rôle devant la caméra !). Nous sommes déjà en train de travailler ensemble sur de nouveaux projets.
Le cinéma bulgare n’est pas très connu en France, pouvez-vous nous en dire plus sur l’état de l’industrie cinématographique dans votre pays ?
La situation est très complexe. Le système de subvention d’État est stagnant, et nous n’avons pas de sources de financement alternatives. Très peu de films sont produits chaque année et le budget alloué au cinéma est souvent dirigé vers des projets non aboutis, qui une fois finis, ne rencontrent aucun public, ni ici, ni à l’étranger. La distribution des films en Bulgarie, et tout particulièrement pour des films d’auteur, est un défi quasiment insurmontable.
De plus en plus souvent, les réalisateurs trouvent un moyen de produire leurs films avec un budget très réduit, parfois même, sans budget préalable. C’était le cas pour notre premier film, THE LESSON. Mais nous restons optimistes malgré les difficultés, nous savons qu’il y a tout un réseau d’artistes et techniciens très talentueux qui ont beaucoup d’amour pour le cinéma. Parmi eux, il y a notamment Ralitza Petrova, Nikolay Todorov, Dimitar Sardjev, Milko Lazarov, Pavel Vesnakov, Iliyan Metev, Dragomir Sholev and Konstantin Bojanov, pour ne nommer qu’eux. D’ailleurs, cinq de ces réalisateurs apparaissent comme acteurs dans GLORY !