Comment vous est venue l’idée du film ?

L’idée de La Playa m’est venue lorsque j’ai réalisé un moyen métrage sur trois histoires de refugiés internes à Bogotá. Un des acteurs était un jeune afro-colombien de 15 ans qui avait vécu la moitié de sa vie à Buenaventura, sur la côte pacifique du pays et l’autre moitié à Bogotá.

Je sentais qu’il était en train de chercher sa place dans la capitale mais que c’était très difficile car dans une ville traditionnellement métisse comme Bogotá, les portes était généralement fermées pour lui. J’ai ainsi voulu faire un film sur ce que cela représente d’être adolescent dans un endroit où on est vu comme un étranger.

Comment avez-vous réuni le casting ? Vos acteurs sont-ils tous des professionnels ?

Le casting du film a duré pendant plus d’un an. Nous avons fait le casting directement dans les quartiers défavorisés de la ville où nous avions identifié une concentration de la population afro-colombienne. De cette façon, nous avons visité plus de 15 quartiers de la périphérie de Bogotá et nous avons peu à peu déniché un groupe de jeunes très talentueux avec qui nous avons commencé à réaliser des ateliers d’improvisation.

Ces ateliers nous ont permis non seulement de bien préparer les acteurs non professionnels mais aussi de peaufiner le scénario à partir de leur interprétation des situations que nous leur présentions. Nous pouvions ainsi identifier quelles situations étaient interprétées de façon naturelle et lesquelles étaient plus artificielles. Tous les rôles principaux du film sont joués par des acteurs non professionnels choisis pour leur énergie devant la caméra et pour la ressemblance entre leur histoire personnelle et celle de leur personnage.

D’où vient le nom du quartier de La Playa, quand le littoral le plus proche est à 300km de Bogotá ?

Le quartier où se déroule une partie importante de l’histoire est connu comme La Playa à Bogotá, car on y retrouve un grand nombre de jeunes afro-colombiens venus de la Côte Pacifique qui gagnent leur pain en faisant du car tuning à bas prix. Le titre du film fait aussi référence à la contribution des Afro-colombiens qui, par leur culture, sont en train de recréer une plage au cœur d’une ville froide de montagne.

Les classes sociales les plus défavorisées sont les plus décomplexées, les moins sensibles aux préjugés. Diriez-vous qu’elles se mêlent instinctivement, sans distinction de couleur ?

Oui, je dirais qu’il y a moins de préjugés raciaux entre les jeunes. Les nouvelles générations à Bogotá ont grandi dans un contexte plus ouvert et avec davantage de contact avec des gens de différentes origines ethniques. Ils ont une plus grande envie d’explorer les différences de l’autre. Cette curiosité est présente dans le film, par exemple dans l’envie du protagoniste de séduire Milena, une jeune coiffeuse blanche qui travaille dans le salon d’à côté.

Voyez-vous les centres commerciaux comme Galaxcentro 18 comme les lieux privilégiés de ce brassage, indispensable à la société colombienne contemporaine ?

Galaxcentro 18 est un cas spécial à Bogotá ; un endroit très intéressant parce qu’il représente à la fois un lieu de rencontre pour les jeunes afro-colombiens de la ville mais également un lieu très attirant pour les adolescents blancs fascinés par la culture afro ; aujourd’hui ils vont même s’y faire coiffer.

La Playa est aussi un film sur l’accès à l’indépendance, un thème universel qui touche chaque jeune adulte dans le monde.

La Playa explore le thème universel de la recherche de lieux d’appartenance, un thème qui concerne tous les adolescents mais dans un contexte très particulier, celui d’une ville où la migration afro-colombienne est en train de transformer l’identité culturelle urbaine.