Après votre premier film Le monde doit m’arriver sorti en 2013, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer sur le projet Stand, un film vraiment engagé?
À titre personnel, je condamne n’importe quel système politique où l’on veut faire entrer l’individu dans des " normes " et je le dénonce au travers de cette actuelle homophobie d’Etat en Russie dans Stand.
Des vidéos sont en libre circulation sur le net. On y voit des gens agresser et humilier des gays sous prétexte qu’ils sont " déviants ". Les images sont d’une violence extrême et répondent à une loi russe de Juin 2013 qui " interdit la propagande des minorités sexuelles ". C’est Anthony Robin (coscénariste et monteur) qui m’a montré ces vidéos révoltantes et on a commencé à réfléchir à un film autour de ce thème, pour ajouter modestement notre pierre à ce fragile édifice qu’est la liberté.
Nous l’avons développé sans but ni calendrier précis, mais plus nous nous renseignions, plus nous ressentions une urgence de faire ce film rapidement. Finalement, nous avons développé le film en septembre 2013 pour tourner deux mois plus tard. Je n’ai jamais imaginé le film comme un devoir. Il n’était pas question non plus de donner des leçons de morale ou une conduite de vie à un peuple dont je ne connais pas la culture. Par contre, parler de la privation d’une liberté fondamentale, de l’impact que cela peut avoir sur la vie d’un individu, des choix qui nous hantent, nous guident et nous animent, de la frontière entre les paroles et les actes, et du chemin pour être ou devenir celui qu’on est, étaient mes moteurs. C’est un film que j’ai essayé d’imaginer universel et intemporel.
Comment avez vous choisi les acteurs?
J’ai recherché des acteurs russes francophones via des annonces de castings sans mentionner les conditions de tournage ou le sujet. L’annonce à voyagé et j’ai eu des réponses d’acteurs professionnels ou amateurs de Russie, d’Angleterre et de France. Une mère m’a même contacté en me disant qu’elle était persuadée que son fils serait un bon acteur (et elle ne s’est pas trompée…). J’ai eu environ 200 candidatures et j’en ai sélectionné une vingtaine puis rencontré une dizaine. Certains ont immédiatement refusé de donner une représentation de l’homosexualité en Russie. Par conviction ou peur des représailles.
Ensuite, j’ai demandé aux postulants de se filmer avec une webcam en leur donnant des textes et des situations très compliqués. J’avais besoin de comédiens autonomes, avec une grande intelligence de jeu. Mon choix pour les trois acteurs principaux s’est fait très vite. Renat Shuteev, Andrey Kurganov & Andrey Koshman étaient les plus à même, humainement, de supporter et défendre ces rôles, le tournage et l’impact que le film pourrait avoir.
Racontez-nous le tournage. Vous avez tourné en Ukraine, ça n’a pas dû être simple de faire un film qui traite de l’homophobie dans ce pays.
Nous étions aidés par une association LGBT importante en Russie. Ils nous ont mis en relation avec les bonnes personnes dans notre ville de tournage pour que tout se déroule au mieux. On avait aussi un faux scénario dont on s’est souvent servi pour convaincre certaines personnes de nous aider. La police nous a arrêté plusieurs fois, nous nous sommes fait arnaqué souvent et nous avons eu très froid (il faisait entre 0°C et -20°C durant le tournage) mais nous avons eu beaucoup de chance!
Les acteurs ont-ils été laissés un peu libres d’improviser ?
J’ai appris à mes dépends que ce mode de tournage (long plan séquence) laissait peu de place à l’improvisation. Du coup, le scénario en français est très proche du film. Les acteurs suivaient un plan et une trajectoire bien précis mais paradoxalement, il y avait une telle profondeur, une telle maîtrise et une telle incarnation des personnages que plus je leur donnais des consignes, plus ils semblaient libres.
On connaît un peu les lois sur l’homosexualité en Russie, elles ne sont pas en faveur des homosexuels. Est-ce pour cela que vous avez choisi de faire vivre l’histoire dans ce pays?
Nous aurions pu tourner ce film n’importe où mais nous avons choisi la Russie parce qu’il est inspiré de faits réels et qu’il était nécessaire, pour coller à cette réalité, de tourner dans cette région. Ensuite, je suis très attiré par le cinéma international, et l’époque nous donne la possibilité de voyager avec le matériel nécessaire à un long métrage dans un sac à dos. C’est une opportunité dont je voulais grandement profiter. De plus, tourner un film dans une langue que tu ne comprends pas est, je pense, un grand atout et une enrichissante expérience pour un réalisateur.