Interior Apartamento Día débute sur une image d’Épinal : au son du « Temps est bon » d’Isabelle Pierre, Omar et Nini vivent le parfait amour, tandis qu’une voix off omnisciente interrompt ponctuellement la chanson pour raconter comment leur coup de foudre les a conduits à emménager ensemble. Cette image idéalisée du bonheur conjugal ne tarde pas à s’effriter, sans pour autant qu’Israel Cárdenas ne filme frontalement la rupture ou des scènes de ménage spectaculaires. Jamais l’amour entre Omar et Nini n’est remis en cause, mais le cinéaste s’intéresse à ce moment où il ne suffit plus, à lui seul, à faire tenir le couple. La perte d’un chat, un dîner entre amis, des dilemmes professionnels : dans chacune de ces situations ordinaires et concrètes, le découpage précis de Cárdenas explore les petites jalousies, les ego froissés, la confiance contrariée ou encore la peur d’avoir davantage besoin de l’autre que l’autre n’a besoin de nous.
Cárdenas s’interroge ainsi sur ce que signifie aimer aujourd’hui, à une époque où les conditions de travail se sont profondément transformées (Omar et Nini sont tous deux freelances, une précarité qui influe directement sur leur intimité) et où la notion même de couple s’est redéfinie. Avec une douceur presque ouatée, le cinéaste cherche à saisir les secousses intimes provoquées par ces nouveaux équilibres. À plusieurs reprises, des effets de fondu donnent l’impression qu’Omar disparaît peu à peu de l’image : une manière de traduire le trouble quasi existentiel que peut provoquer un couple qui vacille, cette sensation diffuse de s’effacer progressivement aux yeux de l’autre comme à ses propres yeux. L’art apparaît dès lors comme une échappatoire, ou du moins, un point d’ancrage possible. Omar filme son quotidien au caméscope, réalise des petits essais expérimentaux, commence à écrire un scénario – autant de tentatives destinées à lutter contre le chaos des sensations confuses et reprendre prise sur un monde qui semble se dérober sous ses pieds.

