Pourquoi, au milieu d'une fructueuse carrière d'acteur et de metteur en scène au théâtre, avoir choisi de signer un premier film ?

Horatiu Malaele : Je pense que les acteurs, les scénographes, les écrivains, les peintres, les poètes, les chorégraphes et les metteurs en scène habitent le même quartier. "On n'est pas si nombreux, mais on vient tous d'Athènes", disait Pier Paolo Pasolini, il y a longtemps déjà. Le déménagement d'un bâtiment à l'autre, d'un appartment à l'autre, est le fruit du temps et de la chance. J'ai eu envie de raconter cette histoire, qui est une histoire vraie. Ele a eu lieu dans l'espace du "bloc de l'Est", quand l'humanité se trouvait dans une bizarre et inexplicable somnolence. Peu importe de dire précisément l'endroit en Roumanie où cette tragédie a eu lieu : elle aurait pu se passer n'importe où dans cette partie du monde. J'ai raconté cette histoire à plusieurs réalisateurs, et finalement, je m'y suis attelé moi-même : le scénario a obtenu un prix du Centre national du cinéma roumain, nous avons pu réunir un petit budget et je me suis lancé.

La Scène centrale qui donne son titre au film est-elle métaphorique de la situation de la Roumanie, réduite au silence par le joug communiste ?

Non, parce que la Roumanie n'a jamais été réduite au silence. On a suspendu le droit légitime de parler à haute voix. Mais les Roumains ont chuchoté deux fois plus ! Avec beaucoup de souffrance, mais avec beaucoup d'humour. Paradoxalement, plus le pays a été accablé, plus l'humour masochiste de cette nation a explosé.

Pourquoi situer l'histoire à la mort de Staline en 1953 ? On imaginait au contraire une amélioration de la situation du pays à partir de cette date...

Bien au contraire : "le roi est mort, vive le roi". Le bourreau a été changé par un autre. La peur du peuple a endossé les habits neufs d'un nouveau dictateur, c'est tout. Je n'ai pas connu cette période, mais mon père, qui est mort il y a deux ans, m'en a beaucoup parlé.

Quel style avez-vous voulu donner au film ?

Dans tous les domaines où j'ai travaillé, j'ai refusé d'être l'esclave d'un style, d'un courant ou d'un dogme. Le fond impose la forme, chaque histoire trouve son ton. Ou ses tons, puisque la vie, qui n'est jamais monocolore, impose sans cesse des changements de registre. Le film alterne le tragique et le burlesque, le réalisme et le fantastique. Je suis attiré par les films expressionnistes, ou par un certain "réalisme fantastique" ; mais quand on interroge un romancier comme Gabriel Garcia Marquez, il se définit d'abord comme "réaliste" tout court ! Peut-être en Europe de l'Ouest oublie-t-on parfois que la Roumanie est le pays de Ionesco, de Cioran, de Mircea Eliade ou de Brancusi. Visitez la Roumanie et votre imaginaire fantastique deviendra réalité !

Quand Iancu embrasse Mara à travers le drap, on pennse à un fantôme : votre film est-il une histoire de fantômes ?

Non, malheureusement. Les personnages sont dramatiquement réels. Iancu a été et restera pour toujours le nom de mon père.