Rencontre avec le réalisateur Noah Baumbach —  " Peut-être le seul film où accepter un emploi de bureau constitue un geste héroïque..."
 
 
Quels sont les liens avec votre film précédent, Greenberg ?

Noah Baumbach : Peut-être est-elle l’enfant de Greenberg et Florence, le personnage qu’interprétait déjà Greta Gerwig, qui sait ? Il y a une différence fondamentale : Florence est à l’écoute des besoins des autres, faire plaisir aux autres la définit entièrement et Greenberg va tester ces limites. Frances est le contraire de cela, elle se jette en avant, a un grand cœur et est obstinée : elle est maladroite socialement, c’est une gaffeuse.

Par exemple, elle se moque de la manière dont les gens parlent de leurs enfants, dans une pièce pleine de parents. Frances et Greenberg n’ont certes pas le même âge mais ont en commun des fantasmes : Frances est romantique, Greenberg n’est pas devenu celui qu’il voulait être et ne l’a pas digéré. Il a développé un système de défense très élaboré en réaction à cela. Frances, elle, se contente d’espérer que ses souhaits se réalisent. Elle va opérer des changements dans sa vie qui sont, au regard de ce personnage, héroïques.

Frances Ha est peut-être le seul film où accepter un emploi de bureau constitue un geste héroïque : cela signifie qu’elle accepte ses propres limites pour pouvoir aller de l’avant. En même temps, Frances est aussi récompensée pour son romantisme, c’est un personnage que je voulais protéger. Ce film épouse le point de vue de son héroïne, contrairement à Greenberg.

Comment avez-vous rencontré Greta Gerwig pour Greenberg ?

Je l’avais vue dans des tout petits films du courant « mumblecore », faits sans aucun budget, il y avait une certaine énergie propre à ces films qui m’a intéressé.

Etait-il clair dès le début que Greta Gerwig jouerait aussi le personnage principal ?

Oui, pour moi en tout cas ; pour elle je l’espère. Au début nous ne savions tout simplement pas si le film se ferait, nous explorions juste des pistes. L’une des motivations pour faire ce film était de le faire avec Greta et de construire le film autour d’elle pour qu’elle puisse passer de l’humour au drame, du comique corporel au comique verbal. Greta me rappelle les actrices très polyvalentes des années 30 et 40 qui pouvaient tout faire, chanter, danser. Elle aurait brillé à cette époque, un peu comme Carole Lombard.

Frances est aussi chorégraphe et met en scène sa vie : cela influe-t-il sur le rythme du film ?

Le scénario possédait un rythme musical dès le début, avec des montages et des interludes musicaux, en alternance avec des scènes filmées presque en temps réel. Sans le décider, nous avons trouvé ce rythme au film. Bien sûr, la danse est en soi une métaphore mais j’ai essayé de ne pas trop y penser.

 

 

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