On ne peut non plus dissocier Gilles Carle d'une découverte de taille : Carole Laure, qui deviendra sa compagne, sa muse et la vedette de plusieurs de ses films: La mort d'un bûcheron (1973), Les corps célestes (1973), La tête de Normande Saint-Onge (1975), L'Ange et la femme (1977), Fantastica, (1980) comédie musicale menée par Lewis Furey, et Maria Chapdelaine (1983). Ensemble, ils deviennent les meilleurs ambassadeurs du Québec à travers le monde, même si les films perdent, au fil du temps, de leur originalité corrosive.

Né à Maniwaki en 1928, Gilles Carle grandit à Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue. Il s'intéresse d'abord au dessin et débarque à Montréal dans les années 1940 pour s'inscrire à l'École des beaux-arts. Il devient dessinateur publicitaire, mais se tourne très vite vers le cinéma.

En 1961, il entre à l'Office national du film et coréalise avec Louis Portugais son premier film, Manger. Il tournera par la suite quelques documentaires avant de réaliser, en 1965, son premier long métrage de fiction La vie heureuse de Léopold Z, qui reçoit le Grand prix du cinéma canadien. Sa carrière de cinéaste est lancée. Ce film était une commande de l'Office, Gilles Carle la détourna pour livrer une fiction. Il ne s'arrêtera plus  : Le viol d'une jeune fille douce, Red, Les mâles et, en 1972, La vraie nature de Bernadette (sélectionné en compétition au festival de Cannes), manifeste hippie, éloge du retour à la terre mettant en vedette Micheline Lanctôt. Parodiant Flaubert à propos de Madame Bovary, Gilles Carle dira plus tard: Bernadette, c'est moi !.

Les femmes, et leur corps (qu'il préfère dénudé, evidemment) sont l'une de ses meilleurs sources d'inspiration. Carole Laure et Chloé Saint-Marie,  comme Micheline Lanctôt lui doivent des rôles inoubliables. Il se moquait de cette obsession qu'on lui attribuait lorsque, en 1995, il est fait chevalier de la Légion d’honneur et déclare : «Les femmes ne sont pas mes muses [...] Quand je change de femme, je change tout, je change de maison, je change d’auto, je change de chat, et je plonge dans un autre univers qui me fascine ».

Dans ses années de gloire, Gilles Carle avait même un aspect aussi "sauvage" que ses films. Lunettes noires, crinière de biker, Carle ne donnait pas vraiment l’image d’un réalisateur respectable et respectueux des traditions de son pays. Avec son allure de cow boy, il tournait des films comme on monte à l'assaut d'un troupeau, en fonçant, avec le lasso à portée de main ! Il n'était pas fan de John Wayne pour rien.

Ses films regorgent d'imagination et de vitalité. Leur verve ravit les spectateurs qui veulent voir alors, à l'écran, des films proches de leurs espoirs de fonder une société nouvelle, libérée et engagée. Il fustige les moeurs et les raideurs politiques québécoises. Mais le ton truculent de Gilles Carle n'est pas forcément apprécié et la critique conteste les facilités et les provocations, parfois gratuites, de ses titres qui arrivent en rafale. Les années 80 voient son impact faiblir. Gilles Carle tourne alors des films beaucoup plus conventionnels mais son documentaire 50 ans, qui raconte l'histoire de l'Office national du film, remporte la Palme d'or du meilleur court métrage au Festival de Cannes, en 1989. Et son adaptation d'un roman populaire, Les Plouffe, devient un immense succès.

Mais les années qui suivent vont être à la fois difficles et tragiques pour le cinéaste. Atteint de la maladie de Parkinson en 1991, il continue de tourner ses projets jusqu'en 1998, mais avec de grandes difficultés. Avec sa nouvelle muse et compagne, Chloé Sainte-Marie, il signe La guêpe, La postière et Pudding chômeur, qui sont éreintés par la critique et ignorés du public. Puis, il se retire tout en continuant d'espérer et d'écrire des scénarios. Le tout dernier Mona McGill et son vieux père malade, évoque la maladie, la vieillesse et la mort et apparait comme un dernier projet aux allures autobiographiques. Le cinéaste Charles Binamé, saisit ce pretexte pour aller à sa rencontre, dans sa retraite, épaulé par Chloé Saint-Marie, et tourne un documentaire qui met en parallèle son travail et sa vie actuelle, quotidienne : Gilles Carle ou L'indomptable imaginaire (2005). Un témoignage bouleversant qui restera la dernière apparition et contribution de Gilles Carle au cinéma. Ne pouvant plus ni marcher, ni parler depuis plusieurs années, il s'est finalement éteint dans sa 81e année, le 27 novembre 2009. Son oeuvre reste l'une des plus impertinentes et les plus libres du cinéma, ayant fait découvrir et aimer le Québec au monde entier.