" J’ai toujours pensé que l’adolescence était l’une des périodes les plus difficiles dans la vie d’un être humain. Notre propre corps nous devient étranger, on se regarde dans le miroir et on ne se reconnaît pas, on sent qu’à l’intérieur de nous-mêmes, un étrange pouvoir (un superpouvoir ?) est en train de naître sans que l’on sache comment l’utiliser... Et ce d’autant plus que l’on n’a pas encore bien compris qui l’on est et quelle est notre place dans le monde. Je suis certain que tous les adolescents se sont sentis, au moins une fois, « invisibles ». Ou ils ont désiré l’être. Et tous, au moins une fois, auront désiré avoir un pouvoir spécial qui les protège et fasse d’eux des héros « just for one day », comme le chante David Bowie.
Je n’ai pas d’enfants, mais peut-être est-ce justement à cause de cela que j’ai tourné au cours des dernières années trois films avec des adolescents dans les rôles principaux : ils sont notre avenir et en tant que réalisateur, je sens qu’il est de mon devoir de contribuer à leur imaginaire.
Même si le fantastique n’est pas très présent dans notre cinéma, il a nourri les jeunes générations. Notre culture moderne, basée sur la forme esthétique du réalisme, s’est enrichie de nouvelles idées et de nouveaux imaginaires. Le concept même de réalisme, après la découverte de l’inconscient et l’avènement de la « réalité virtuelle », devrait être redéfini. Comme le dit Spiderman : « De grands pouvoirs génèrent de grandes responsabilités ». Parmi tous les superpouvoirs, l’invisibilité est celui qui est le plus intime et le plus discret : on ne peut pas voler dans les airs, on ne devient pas une torche humaine, on n’abat pas les murs... On peut seulement disparaître. Un superpouvoir de l’âme. Une phrase m’a toujours frappé, celle de Stan Lee, l’auteur de Spiderman chez Marvel : « Des super-héros avec des supers problèmes ! ». Notre jeune super-héros a lui aussi des supers problèmes : sauver le monde et affronter d’autres super-héros. Je crois que nous avons utilisé tous les effets spéciaux à disposition, depuis ceux de Méliès jusqu’aux effets spéciaux 3D de la dernière génération."
Gabriele Salvatores