Conduit par Claude-Eric Poiroux, le Festival des premiers films européens, Premiers Plans, à Angers, ouvre en quelque sorte l'année cinématographique pour les passionnés de cinéma. Les rétrospectives y sont très variées : cette année, une intégrale Jean-Pierre Melville (on y reviendra), Karel Zeman, une thématique sur la peur au cinéma, un hommage à Guillaume Depardieu où chaque séance est présentée par Jeanne Moreau...

Les premiers jours du Festival ont été marqués par la compétition qui présentait la comédie La Reine des pommes (sortie le 24 février), réalisée et interprétée par l'actrice Valérie Donzelli (7 ans) abordant le thème de la rupture amoureuse sous l'angle de la fantaisie avant tout. Comme l'ont fait, avant elle, les cinéastes que Valérie Donzelli aime citer : Varda, Truffaut, Demy, Rohmer... Des films aux économies parfois très légères, sur des thèmes éternels, mais dont le style faisait la profondeur.

L'émotion est venue du film italien découvert à la Quinzaine des réalisateurs du dernier Festival de Cannes : La Pivellina, co-réalisé par Tizza Covi et Rainer Frimmel – l'histoire d'une petite fille de deux ans, trouvée dans la rue et recueillie par des artistes de cirque campant en périphérie de la ville dans des roulottes.

Un premier long-métrage qui se se veut dans la droite ligne du néoréalisme, comme l'affirme la jeune cinéaste dans la rencontre qu'elle a menée à l'issue de la projection (voir notre video, ci-dessus). Une fiction torpillée par le “réel” : « J’ai écrit un scénario, dit la réalisatrice, à partir des situations vécues par les personnages qui sont dans ce film et que nous connaissions déjà. Et il est vrai qu’en Italie de nombreux enfants de l’âge d’Asia, voire des nouveaux-nés, sont abandonnés. C’est un problème dont l’actualité reste brûlante.

L’histoire avait un début et une fin très précis, mais les dialogues n’étaient pas écrits. Une heure avant de commencer à tourner, nous allions parler avec Patty, Tairo ou Walter, tous acteurs non professionnels, et nous leur indiquions le type de scènes que nous avions prévues et ce qui devait se retrouver dans la conversation. Mais la manière dont ils formulaient leurs répliques et l’ordre dans lequel elles étaient dites dépendaient totalement d’eux..."

Et sinon ?

Vu dans les marges du festival, le rare Quand tu liras cette lettre (1953) de Melville (son premier film "commercial", disait-il, amer...) avec Juliette Greco en novice qui, à la mort de ses parents, renonce à prononcer ses voeux pour revenir s'occuper de leur papeterie cannoise... et de sa jeune soeur, Denise. Etranges lueurs incestueuses et lesbiennes, un climat de mélodrame (jusqu'au ridicule) déjà miné par une ambiance de film noir, une atmosphère délétère au style très "dégénéré et malsain"... Le tout construit sur une constante ligne moralisatrice ! Au dernier plan, les cloches du couvent sonnent pendant que la caméra balaye le paysage de mer tranquille sur la croisette.

Morceaux de choix d'un scénario aux rebondissements psychologiques abracadrants : l'ex-religieuse force, revolver à l'appui dans la poche de l'imper, l'homme qui a violé sa soeur à épouser sa victime !!! Tandis que la jeune fille, après avoir tenté de se suicider, est toute guillerette d'épouser son violeur... lequel ne rêve que de culbuter la grande soeur. De temps à autre, un plan frappe l'oeil. A la différence des acteurs, tous engoncés dans un jeu qui ne raccorde jamais avec celui de leur partenaire (et ils sont doublés, pas vraiment dans la légereté !).  Les festivals, on les aime aussi pour ça.

Philippe Piazzo