Le titre de votre film, Vive la république, est ironique ?
Pas du tout. Votre regard l'est peut-être, pas mon film. Je montre un groupe de gens qui ne cessent de se réunir pour trouver des solutions à leurs problèmes.
Mais ce qu'ils disent est plutôt consternant...
Non. Ils cherchent. Ils n'ont pas de solution toute trouvée. Mon histoire s'arrête au moment où tout peut commencer dans la pratique.
C'est ce qui énervant. Le film a l'air d'esquiver son sujet.
Je ne réponds peut-être pas à votre attente, mais j'ai voulu faire un film qui prendrait la politique à son niveau premier. Le plus simple. Pas d'idéologie spéciale, pas d'idéologues : juste des nommes et des femmes qui veulent s'en sortir. Comment faire ? Alors, ils tâtonnent, comme dans la vie. Et ils déconnent. Toujours comme dans la vie. Pour moi, par exemple, impossible d'être dans un parti qui n'aurait pas le sens de l'humour. Et d'où les femmes seraient exclues. C'est ça que j'ai voulu montrer, et c'est ce que le film montre. Non ?
Il montre aussi de nombreuses situations comiques qui désamorcent la réflexion...
Au contraire : quand le type qui vit dans un foyer rêve d'y inviter la fille sur laquelle il fantasme, la scène fait rire mais elle révèle toutes ses craintes. La misère dans laquelle , il vit le fait renoncer à ses projets : la séquence est drôle, ce qu'elle dit pas tellement.
Prenez-vous à votre compte les propos des personnages ?
Oui. J'ai essayé d'être le plus léger possible, d'amorcer le débat sans jamais être péremptoire, mais à chaque fois qu'un personnage se révolte ou exprime une critique sur la société, je la partage.
Vous pensez vraiment que si l'on échoue à l'école c'est parce que personne ne prend la peine de faire aimer les études aux enfants ?
Vous trouverez toujours des exemples contraires. Mais les statistiques les plus sérieuses prouvent que plus le niveau d'études est élevé, moins les élèves qui viennent de milieux défavorisés y ont accès.
Le chômage est un faux problème ?
Franchement, oui. C'est un leurre. Créer dès emplois ne supprime ni la misère, ni les révoltes. D'ailleurs, quels emplois propose-t-on aux jeunes sans qualification ? Des boulots précaires. La culture est une force. Comme la religion d'ailleurs, dans un autre registre. Ce sont des domaines qui aident à transcender et à supporter le quotidien. Sans ces appuis, c'est désespérant. Organiser la société toute entière autour du travail me semble être une erreur.
Propos recueillis par Philippe Piazzo, en 1997