La matrice de Mariage à Mendoza, c’est votre troisième court-métrage, ¿ Dónde està Kim Basinger ? Comment est-il né ?
À l’époque, je cherchais le sujet de mon premier film, quelques projets trop ambitieux n’ont pas abouti, et puis un jour, se cristallise une envie, au bon moment, autour de trois paramètres ; l’Argentine que j’avais découverte et qui m’avait littéralement scotché, une vieille histoire vécue avec mon frère dans un « bordel » de Pékin à la fin du siècle dernier, et le désir de filmer un comédien d’une humanité folle : Philippe Rebbot.
Comment en avez-vous finalement fait un long métrage ?
Beaucoup de gens nous disaient : on aimerait en voir plus ! Mon producteur et moi-même, avions aussi le sentiment qu’on en n’avait pas fini avec l’Argentine, les frangins et que l’aventure méritait d’être prolongée, que tout n’avait pas été dit... Alors, on a cherché un nouveau scénariste pour m’accompagner et j’ai recommencé à écrire, avec Thomas Lilti. Je souhaitais aller vers une chronique où les choses ne sont jamais complètement dites, où l’imaginaire du spectateur travaille. On avait un point de départ très clair, nos personnages, les frères du court-métrage, et l’Argentine à traverser. Le scénario ne devait pas être une fin en soi, il devait ouvrir des espaces de cinéma, laisser de la place pour de l’improvisation, se sentir libre. Quelque chose s’est finalement mis en place, et on a écrit en un an, assez facilement...
L’une des surprises du récit, c’est l’échange de position des deux frères : au début, Marcus doit s’occuper d’Antoine, et à l’arrivée, c’est l’inverse... Comment est-ce venu ?
Petit à petit. Thomas Lilti, le co-scénariste, est médecin, c’est lui, sans doute, qui a introduit la dimension médicale du désarroi de Marcus. Philippe Rebbot a aussi nourri le personnage de ses propres fragilités. Dans sa vie, il a eu des phases difficiles, les raconte avec un soupçon d’effroi, un soupçon de dérision et un grand sens du romanesque. Il est d’une humanité dingue, et c’est finalement la matière même du cinéma, l’humanité des personnages, en tout cas de celui que j’aime et que je défends.
L’une des premières sources d’inspiration reste son grand corps « malade », son désenchantement chronique, sa fantaisie, sa poésie. Pendant l’écriture du scénario, une fois par mois, on passait l’après-midi avec Philippe, je voulais l’entendre réagir, rebondir, puis l’entendre tout court car c’est pour lui que nous écrivions. C’est à cette occasion que de conversations en conversations, nous sommes arrivés au syndrome de Stendhal... Nous cherchions ce point de bascule où Antoine, enfin, allait être obligé de sortir de son marasme sentimental pour s’occuper de son frère, prendre les choses en main et ouvrir les yeux sur autre chose que lui-même.
La musique, c’est Herman Dune. Pourquoi eux ?
Je les écoute depuis très longtemps. Notre rencontre artistique s’est faite sur ¿ Donde està Kim Basinger ? et on peut raisonnablement parler d’idylle ! Quelque chose d’éminemment harmonieux se jouait entre mes images et leur musique ; un ton mélancolique sur une musique entraînante, chaloupée, un son unique, des arrangements à la fois simples mais très travaillés. Leur chanson Your name my game marchait formidablement sur les travellings dans Buenos-Aires. Je les ai re-contactés deux mois avant le tournage de Mariage à Mendoza pour qu’ils prennent en charge la bande originale.
Mariage à Mendoza est-il un road-trip ?
Absolument, tout en contournant je l’espère les clichés du genre. Un film de voyage, d’aventures. Le voyage, comme un temps suspendu et la route comme lieu de l’intrigue, avec ses rencontres, ses séparations, ses chemins de traverse, son but à atteindre et les embûches au milieu de la route. Le voyage donc, comme la première des aventures. Le voyage comme découverte d’horizons nouveaux, le voyage comme possibilité de salut, le voyage et la rencontre de l’autre comme l’occasion d’un questionnement possible des certitudes qui nous constituent.
Le genre est américain, mais c’est sans doute Le Plein de super d’Alain Cavalier qui m’a nourri plus que tout autre film. Dans l’aventure de ces quatre hommes qui traversaient la France du nord au sud, je retrouvais sûrement le parfum, quelque chose, des routes empruntées en famille, à travers la France des années 70. Le voyage et ses péripéties quand elles servent de révélateurs d’humanité, quand elles permettent de recueillir des impressions fugitives sur les destinées de nos personnages, où se mêlent, simultanément, la félicité du vivant et son corollaire de toujours, la mélancolie.