La Fragilité de la vie

J'ai, à travers cette comédie qui est mon premier long-métrage, abordé des thèmes classiques, tels l'amour et la haine, la vérité et le mensonge, la fidélité et la promiscuité, la vie et la mort... J' ai écrit ce scénario après le succès remporté auprès du public québécois, de l'un de mes courts-métrages, Ma vie, qui mettait en scène, sur un mode à la fois comique et dramatique, l'histoire de Jeannot et de son amant.

Le scénario avait la même "forme" qu'une bande dessinée, le film était composé de quatre sketches très "colorés". L'Escorte, sur un canevas assez identique, aborde entre autres le problème du sida, en cette fin de siècle où tout est en train de se dérégler et tout ce que cela implique pour les individus quels qu'ils soient...

Que peut donc représenter l'amour pour les jeunes de maintenant et comment le vivre alors que l'abandon et l'insouciance, du fait de cette grave maladie, ne sont plus de mise. Tous les personnages de mon film sont confrontés à la fragilité de la vie. En effet, nos sociétés modernes ont longtemps tenu à l'écart la mort et ses rituels. Le sida, et le danger de voir apparaître d'autres maladies semblables ou pires, dans les années à venir - pour toutes sortes de raisons (pollution, surpopulation etc..) - ont modifié notre façon d'aborder l'existence. L'amour et l'amitié y occupent une place bien plus importante.

L'Iconographie selon Saint-Sébastien

Mes personnages principaux gravitent autour de la figure de Saint-Sébastien qui pourrait cristalliser tous les enjeux du récit. Au cours de l'écriture du scénario, la piste de Saint-Sébastien s'est imposée, comme une image clé du film, avec son côté dramatique très kitsch. L'image de Saint-Sébastien est connue partout depuis sa "mise en marché" par les premiers chrétiens au III ème siècle. Cette figure est empreinte d'une très forte connotation homosexuelle, il est en effet à demi-nu, alangui...

Officiellement, il a été criblé de flèches parce que chrétien et refusant d'adorer l'empereur. Mais comme toute l'Histoire, celle-ci appartient aux vivants qui la récupèrent selon leurs besoins et cette image a été utilisée par des artistes aussi différents que les peintres de la Renaissance et le réalisateur Derek Jarman... Saint-Sébastien est mort à cause de l'objet de son amour...

Aujourd'hui, il me semble que cette iconographie est la métaphore parfaite de notre époque où mort et amour sont liés plus que jamais.

Un Troupeau de brebis en délire...

J'ai toujours aimé les bandes-dessinées, Lauzier (Tranches de vie), Matt Groening (Les Simpsons), Ralph König (Les Nouveaux Mecs), les B.D. scénarisées par Goscinny, Gotlib (ses délirantes rubriques-à-brac), les folles aventures ovines du Génie des alpages, avec son troupeau de brebis en délire - une parenté évidente avec les personnages de L'Escorte...même Achille Talon, ce vieux garçon...

C'est ainsi que mon film pourrait revendiquer une certaine facture évoquant la bande dessinée. Par ailleurs, j'aime les univers de réalisateurs allant de Pasolini, Visconti, Woody Allen, Rohmer à Gregg Araki, Derek Jarman, Gus Van Stant, Todd haynes, tous des cinéastes avec une certaine sensibilité...  et bien sûr l'incontournable Almodovar... pour son style "camp"...

Dans un décor très typé, nous avons décidé avec le directeur de photo d'utiliser à la fois la caméra épaule et le plan séquence, pour introduire un effet de réel dans un univers de B.D. le but était de rendre plus proches ces personnages malgré tous leurs artifices. J'ai voulu jouer avec ce style "camp" (tendant vers le théâtral, le kitsch un peu outrancier et faisant partie de l'univers gay), sans forcer la note afin de donner à la réalité quelque chose d'extraverti et de brillant.

C'est peut-être dans ce sens que l'on pourrait parler de détournement de genre, dit populaire - le mélo des téléromans, les comédies de situation et leur bla-bla incessant autour d'une tasse de café - ce dont je me moque dans le film. La quotidienneté habituelle des téléromans est vécue ici par des hommes amoureux.