Deux titres ont été prononcés à deux reprises dans la soirée. Examen d'Etat, de Dieudo Hamadi et Il Segreto de Cyop&Kaf. Le premier a reçu le Prix Potemkine qui lui assure une édition dvd prochaine, et le Prix international de la Scam. Il Segreto a reçu une mention spéciale du jury jeunes et le Prix Joris Ivens - des mains de Marceline Loridan-Ivens qui, si elle n'avait pas vu le film de Cyop&Kaf, ne leur a pas moins fait transmettre par leur productrice, présente hier soir, un coffret des films de son documentariste de mari, pas peu fière...
La double remise de prix à Dieudo Hamadi confirme la valeur d'un réalisateur (primé l'année dernière pour l'incroyable Atalaku), qui creuse de film en film son sillon cinéma direct en prise avec la cruelle réalité de son pays. Ce nouveau documentaire est le résultat de son immersion pendant quatre mois dans un groupe de lycéens congolais candidats à l'examen d'Etat (équivalent du Bac). En R.D.C. réussir à cet examen est aussi indispensable que le diplôme est sans valeur. Les fuites au plus haut niveau permettent en effet au plus grand nombre de se hisser au rang de lauréat pour autant qu'on ait assez de mémoire pour se souvenir d'une suite de chiffres correspondant aux bonnes réponses du QCM qui fait office de test. Comme dans Atalaku, la caméra de Dieudo Hamadi se fait oublier et ce qui se déroule sous nos yeux semble la vérité toute et toute nue. Le constat d'une corruption généralisée (déjà fait dans le film précédent) n'empêche pas le cinéaste, et nous avec, de s'attacher à ses personnages lâchés dans un monde "toujours-déjà" injuste.
Le ministère de la Culture et de la Communication a encore récompensé Le Rappel de Oiseaux de Stéphane Batut du Prix du Patrimoine de l'Immatériel. En allant filmer des funérailles célestes au Tibet, Stéphane Batut questionne en profondeur notre rapport à la mort et à sa représentation. Troublant ou fascinant, parfois les deux, Le Rappel des oiseaux a suscité dans les salles et lors des débats, de vives discussions. Ce film est disponible sur UniversCiné tout au long du mois d'avril.
Le Grand Prix du Cinéma du Réel a été remis à Mehran Tamadon pour Iranien, qui affichait complet jeudi dernier dès l'après-midi alors même qu'il était projeté à 21h dans la plus grande salle du Centre Pompidou. Bouche à oreille efficace donc et réalisateur très ému, remerciant Nicolas Philibert, membre du jury, pour ses films qu'il disait avoir emportés avec lui de France en Iran à l'époque de la VHS.
Un autre événement de la soirée fut le refus par Kazim Öz de recevoir le Prix des Bibliothèques pour son film He Bû Tune Bû souhaitant ainsi attirer l'attention sur le cas des trois femmes kurdes assassinées à Paris le 9 janvier 2013, que la France comme la Turquie semble décidée à ignorer.
Palmarès :
Grand Prix du Cinéma du Réel :
Iranien de Mehran Tamadou
Prix international de la Scam :
Examen d'Etat de Dieudo Hamadi
Prix de l'Institut Français - Louis Marcorelles :
Kamen - Les Pierres de Florence Lazar
Mention spéciale : Hautes terres de Marie-Pierre Brêtas
Prix Joris Ivens :
Il Segreto de Cyop&Kaf
Prix du court-métrage :
Metafora ou A tristeza virada do avesso de Catarina Vasconcelos
Mention spéciale : Belva Nera d'Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis
Prix des jeunes - Cinéma du Réel :
The Stone River de Giovanni Donfrancesco
Mention spéciale : Il Segreto de Cyop&Kaf
Prix des Bibliothèques :
He Bû Tune Bû de Kazim Öz (refusé)
Mention spéciale : Hams al Moodun de Kasim Abid
Prix Patrimoine de l'Immatériel :
Le Rappel des Oiseaux de Stéphane Batut
Prix des éditeurs / Potemkine :
Examen d'Etat de Dieudo Hamadi