Samedi 26 mars

Parmi les cinéastes à l'honneur ces jours-ci au Centre Pompidou, Andrei Ujica et Leo Hurwitz ne sont pas les moins atypiques. Roumain l'un, Américain l'autre, tous deux taquinent les frontières du réel à l'aide d'images d'archives dont l'un n'hésite pas à faire une "non-fiction autobiographique" quand l'autre en tire des essais politiques et poétiques uniques en leur genre. A 14h seront projetés The Sun and Richard Lippold (28') et An Essay on Death (77') de Leo Hurwitz puis, à 21h00, The Young Fighter (25') et Native Land (88'), du même Hurwitz. Il faudra pourtant renoncer à cette dernière séance - cruel corrolaire du choix : le renoncement - si vous voulez voir l'Autobiographie de Nicolae Ceausescu (180') dévoilé hors-compétition à Cannes l'an passé et présenté ce samedi à 19h par Andrei Ujica lui-même. Un point de vue inédit sur l'histoire récente de la Roumanie ou comment montrer l'Histoire avec les images des autres.

Du côté des premiers films, signalons la présentation à 12h30 de ScuolaMedia (77') de Marco Santarelli qui posa sa caméra durant plusieurs mois dans une école de Tarente en Italie, haut lieu de la sidérurgie européenne. A 14h00, le poignant Kinder nous conduira à la suite de Marvin, 10 ans, d'une structure d'accueil au foyer familial où l'attendent les blessures du passé. A 14h30,  Dom (La Maison)(95') suivra trois sans-abri moscovites dans la construction de leur future maison et la reconquête de leur dignité.

Enfin, trois films iront chercher leur forme du côté du journal intime : à 16h00,  Me llamo Roberto Delgado (8') à 18h15 , Me llamo Peng (29') et à 19h00 Doux amer (76'). D'Espagne, de Chine ou de France, avec google map, des dessins ou caméra au poing, trois façons de dire je en parlant du monde.

 

Dimanche 27 mars

Que ceux qui auront vu et aimé Doux amer ce samedi se jettent sur Voir ce que devient l'ombre (89'), deuxième film de Matthieu Chatellier projeté dans le cadre des Contrechamps français. Un an avant Doux amer, le cinéaste y écoutait déjà "la mort parler à travers les vivants" par la voix d'un couple d'artistes octogénaires que l'âge met inévitablement face au mystère le plus universel.

Portrait de couple encore, mélancolique et délirant cette fois, avec l'histoire de Genesis P-Orridge, l'homme qui par tout les moyens tenta de ressembler à sa femme. Premier film de Marie Losier, The Ballad of Genesis and Lady Jaye (72') sera projeté pour l'avant-dernière fois à 14h45 et la projection suivie d'un débat sans doute passionnant.

Enfin, dans la catégorie des Invisibles, ne manquez pas les rarissimes Portrait of Gina, de Orson Welles (27') et Introduction to the Enemy de Jane Fonda et Haskell Wexler (60'). Le premier, longtemps égaré, fut retrouvé une trentaine d'années après avoir été tourné et interdit immédiatement par Gina Lollobrigida dont, vous l'aurez compris, il s'agit du portrait. Le second, tourné en 1974, suit Jane Fonda et Tom Hayden dans leur croisade pour appuyer les revendications nord-viétnamiennes.

Si Gina vous laisse froid, vous pouvez toujours préparer 2012 en allant voir l'un après l'autre Le Bon peuple portugais de Rui Simões à 18h15 et Nous étions communistes de Maher Abi Samra à 21h. Le premier est un ciné-poème et film-révolution sur la révolution des Œillets ; le second tente de comprendre la situation politique et religieuse du Liban depuis la guerre civile.