" Nous aimerions tous choisir quelle partie de nos personnalités nous voudrions montrer, mais au final il est difficile de ne pas se révéler entièrement. C’est pourtant ce que Vivian Maier semble avoir tenté, en décidant que le monde ne connaîtrait rien d’elle ni de ses photographies. Elle a choisi de dissimuler son art et de rester énigmatique jusqu’à la fin de sa vie.

Mais cacher ses propres créations s’avère être l’opposé de vouloir le détruire. Vivian Maier a conservé précieusement son oeuvre, laissant le destin décider de son sort. Alors que Franz Kafka avait donné les instructions de brûler tous ses manuscrits inachevés après sa mort, elle n’a laissé aucun mot, ni jamais exprimé à quiconque le souhait de garder son oeuvre secrète. Un réalisateur de documentaire décide des histoires qu’il veut raconter.

Après des années passées à sillonner la vie et l’oeuvre de Vivian Maier, grâce à l’immense matière qu’elle a laissée derrière elle, nous avons réalisé un film qui raconte l’histoire d’une artiste « déguisée » en nanny. La découverte de son parcours et de son travail lui a apporté une reconnaissance et une célébrité méritées. Vivian Maier était une sorte d’espionne. Avec son appareil photo, elle saisissait la vie urbaine, le plus souvent accompagnée des enfants qu’elle gardait, elle captait l’humanité qui l’environnait, et cela en n’importe quel lieu : parcs, bidonvilles, banlieues…

En tant qu’artiste, Vivian Maier fut une outsider, qui témoigna d’une réelle empathie pour les gens en marge qu’elle aimait photographier. Mais cette implication artistique n’était pas sans conséquence.

Avec autodérision, Vivian Maier se qualifiait de femme mystérieuse. Elle protégeait fièrement son intimité et affirmait son indépendance face aux valeurs bourgeoises des familles avec lesquelles elle vivait. Mais elle a pu secrètement envier les liens affectifs qu’elle observait au sein de ces familles, des liens qui avaient été brisés durant son enfance. Notre film montre les zones d’ombre de Vivian Maier, certaines qu’elle aurait sans doute aimées révéler, d’autres qui n’avaient jusqu’à présent jamais été dévoilées.

Mais cela n’est qu’une partie du récit. Son oeuvre fait à présent partie de l’Histoire de la photographie et demeure un trésor indéniable. Plus qu’une fin en soi, la découverte de l’oeuvre de Vivian Maier lui donne vie, la concrétise."

Charlie Siskel.

 

"En 2007, alors que j’écris un livre d’Histoire sur les environs de Chicago, il me faut trouver des photographies pour illustrer mon ouvrage et je tente ma chance dans une vente aux enchères. J’y achète une boite pleine de négatifs qui n’ont finalement jamais été utilisés pour ce livre. Je sens cependant qu’il s’agit de quelque chose d’important, des images dont il faut percer le mystère. Je reprends les négatifs après quelques mois et commence à les numériser. Je ne sais pas ce qu’ils valent, mais je les trouve beaux.

A peine deux années plus tard, cet achat a permis de révéler l’une des plus importantes Street Photographer du 20ème siècle. Les négatifs appartenaient à une femme nommée Vivian Maier. J’avais accès à l’ensemble de ses biens, y compris les innombrables curiosités qu’elle avait collectionnées.

Dès lors, je me suis mis à enquêter comme un vrai détective pour en apprendre davantage sur elle. Je voulais que ce film suive le processus de recherche. Ses effets personnels m’ont conduit à une première personne qui l’avait connue, puis à une deuxième, et ainsi de suite. Mais plus je creusais et plus les questions se multipliaient à son sujet.

Aurait-elle apprécié ma démarche ? Pourquoi avait-elle caché ses photographies et sa vie privée aux yeux de tous ? Qui donc était cette femme ?"

John Maloof.