L'auteur d'Un Après midi de chien, Serpico, Network, Le Prince de New York... a construit à travers une filmographie dense - 44 films en 50 ans - une mythologie de la lutte contre la perversion des systèmes, leur corruption ou leur manipulation. Le documentaire présenté par Nancy Buirski à Cannes Classics , By Sidney Lumet, présente le dernier long entretien (plusieurs jours) accordé par le cinéaste trois ans avant son décès en 2011.

Lumet y confie certains de ses souvenirs dont l'un très intime, qui fut un traumatisme à exorciser tout au long de son oeuvre à travers une question obsession : est-ce que cela est juste ?.

Il évoque la figure essentielle de son père, acteur de théâtre qui popularisa les pièces yiddish, l'importance de son travail de création pour la télévision autant qu'au cinéma... Le réalisateur américain revient sur 50 années de carrière et dévoile sa fascination pour les figures de rebelles héroïques. Un héroïsme dont il fut parfois dépourvu dans la vie. D'où l'importance de "militer", à sa façon, à travers certains films.

Nancy Buirski ne cherche ainsi pas à retracer l'ensemble de la carrière d'un grand cinéaste mais à en dévoiler les motivations intimes, conscientes ou inconscientes. Ainsi, Lumet n'évoque jamais certains très bons films comme Le Groupe ou Le Gang Anderson mais dissèque longuement Daniel, passé inaperçu en France, parce que son thème (l'affaire Rosenberg) lui permit d'aborder, entremêlés, les conflits familiaux, le communisme, la judéité, la question (encore) de la justice, du militantisme et de la pression sociale. Avec cette autre question, devenue essentielle pour lui : quel prix payent les enfants pour les passions qui n'appartiennent qu'à leurs parents ?