Comment est né le projet des Géants ?

J’avais envie de raconter l’histoire de deux frères qui s’assument seuls, en marge de la société et en dehors de la ville. L’idée que ce soit de très jeunes adolescents s’est de suite imposée car je voulais évoquer cette période de la vie où, guidé par un désir de liberté et de changement, tout paraît possible, même si la confrontation avec le monde des adultes y est souvent dure.

Il était important de situer le film en pleine nature ?

La nature permet aux personnages une ligne de fuite qui n’aurait pas été possible dans un contexte urbain. La relation des deux frères, Seth et Zak, avec leur ami Dany se construit en dehors de tout rapport social. Ils évoluent dans les bois comme dans les contes et ils s’allient pour tuer le loup comme le font les trois petits cochons…

Les Géants s’apparente à un conte moderne.

Dans un conte populaire, les enfants sont souvent perdus au fond des bois et la plupart du temps ça se passe quand les parents ne sont pas là, comme dans Les Géants. Donner au film la forme d’un conte me permettait d’aborder d’une manière détournée des thématiques comme l’absence parentale ou le manque d’affection et de raconter différemment l’histoire d’une amitié plus forte que tout.

La rivière tient une place importante dans le film.

La rivière fascine. Elle nous mène vers l’aventure. Elle berce, elle materne. Elle permet aux héros de fuir un monde d’adultes pas très reluisant. J’ai vu toutes les rivières et les lacs du Nord de la France, du Luxembourg, d’Allemagne, et j’ai fini par découvrir celle du film. C’était évident : c’est là qu’il fallait tourner ! Il y a quelque chose de réconfortant dans le fait de se laisser porter par le courant. C’est d’ailleurs comme ça que se termine le film : ils se laissent aller au gré de l’eau dans une petite coquille en se disant « on va vers quelque chose de meilleur ». On ne se dit pas « on va gravir des montagnes » : non, ici on se laisse simplement aller.

Une fin ouverte ?

Oui. Ils partent et j’ai confiance en ce voyage. Je partirais bien avec eux. Souvent, j’ai éprouvé cette envie de me laisser porter par la rivière et de partir loin. Dans le contexte du film, partir c’est aller vers un mieux. Mais chacun y verra ce qu’il veut.

Ressentez-vous une certaine nostalgie de l’adolescence ?

L’adolescence, c’est l’âge de tous les possibles, de toutes les certitudes. Des certitudes fragiles, mais des certitudes quand même ! C’est l’âge que je regrette, c’est l’âge des révolutions. Les révolutions sont toutes adolescentes. On ne change qu’à cette période-là. Elle nourrit l’homme en devenir, c’est là que les choses s’inscrivent. C’est un âge formidable, très décrié aujourd’hui. Mais peut-être l’a-t-il toujours été…

Vos propres souvenirs d’adolescent imprègnent-ils le film ?

Je me souviens que je me réfugiais dans la nature. Je passais la journée dans les bois, je dormais dans les champs.

Quel est le rôle de l’humour dans Les Géants ?

Il insuffle un peu de légèreté, des respirations… L’humour est nécessaire, j’en ai besoin dès l’écriture. C’est un exutoire. C’est toujours plus facile de parler de choses émouvantes ou graves par le biais de l’humour.

Parlez-nous de la musique du film.

En écrivant le scénario, j’avais fait une compilation de différents morceaux dont celui d’un groupe folk sur lequel j’ai totalement flashé. Avec mon producteur Jacques-Henri Bronckart, nous avons rencontré Bram Vanparys de The Bony King of Nowhere. Il a lu le scénario, il est venu sur le plateau avec ses instruments, pour s’imprégner de l’ambiance du film, s’inspirer des décors et il a enregistré dans la nature. L’idée était de faire des maquettes et de rentrer en studio après… Mais les maquettes étaient magnifiques et on n’a pas fait de studio.

Pourquoi Les Géants ?

Zak, Seth et Dany choisissent l’amitié et font un sacrifice. Ils grandissent vraiment. Ils sont dans une situation précaire et décident quand même de ne pas mettre quelqu’un d’autre en danger. Ils prennent des responsabilités que nombre d’adultes ne prendraient pas. C’est là qu’ils deviennent véritablement des géants !