Il ne fait rien pour se faire pardonner, qui plus est : là où les cinéastes en général se font la main sur quelques courts-métrages en attendant de « passer au long », Mandico continue d’explorer allègrement chaque format, passant de l’un à l’autre, arguant que chaque film impose sa durée. Pire encore : il aime construire autour de ses films, d’autres objets, qui sont comme des prolongations, des excroissances, des fleurs malades : par exemple, autour de son dernier long-métrage en date, Connan, Mandico a tissé des films courts (Rainer, a Vicious Dog in a Skull Valley, Nous les barbares), une captation d’un spectacle avorté (La Déviante Comédie) ou encore des fanzines graphiques.
C’est que Mandico ne se contente pas de tourner un scénario, il propose des mondes, avec ses exoplanètes, ses étoiles satellites, ses cavités, ses îles vierges. Mondes oubliés ou à-venir, moins apocalyptiques que critiques, dans lesquels règnent des personnages genrés au féminin, mais qui peuvent se jouer de toutes les combinaisons possibles, troublant ce qu’il est possible de troubler. Il construit depuis le mitan des années 1990 une mythologie dont nul ne peut affirmer qu’elle est exclusivement futuriste : comme Marco Ferreri, Mandico sait que le futur est femme, et ses films parlent depuis un temps qui combat toute forme de domination, à commencer par la domination masculine qu’il met en scène dans son plus douloureux ridicule. Mais ce temps, c’est d’abord le notre. Et si ce type était d’abord un documentariste insoupçonné ?
Que ce soit ses longs métrages (Les Garçons sauvages, After Blue (Paradis sale), Conann) ou ses multiples films courts (une quarantaine en trente ans parmi lesquels Notre-Dame des Hormones, Ultra Pulpe, Huyswomans, Boro in the box), chacun de ses films sort fumant du ventre de la catastrophe et fait un banquet à partir de ses ruines. On peut aussi lire ses noces baroques comme des lettres d’amour au cinéma. Mais d’un amour vache, car si Mandico est un cinéphile comme on en rencontre peu, traversé par Lynch, Fellini, Argento, Fassbinder, Schroeter, Terayama, Ferrara, Cronenberg, il ne fait jamais du cinéma cet objet intouchable dont il serait l’amoureux gaga. Il regarde ce « monde dans le monde » à la lumière critique d’un autre rapport à l’actrice et à la « direction ». C’est féroce, inattendu, ça jette un froid. Ah, j’oubliais ! Mandico tourne évidemment tous ses films en pellicule. Car si le cinéma est une maladie, autant que ce soit une maladie de peau… C’est dire si, loin de se faire pardonner, il aggrave son cas. Pour notre immense plaisir.