Je suis, comme beaucoup de mes collègues scénaristes et réalisateurs de films de fiction pour le cinéma, sans cesse en prise avec mon désir ardent de filmer et de raconter des histoires pour l’écran.
La réalité du marché fait que ce désir n’est pas toujours et même rarement réalisable. Il est alors possible aujourd’hui de filmer grâce à de nouveaux outils numériques abordables. Un peu comme la nouvelle vague était née avec ces caméra légères qui permettaient à Rohmer, Godard, Truffaut de quitter les studios et à Alain Robbe-Grillet d’inaugurer sa caméra stylo.
De cinéaste professionnel, je me mue alors en cinéaste amateur où seul le plaisir guide mon oeil et ma caméra et je tourne, contre vents et marées avec une absence totale de moyens de production mais une liberté retrouvée.
J’achète une caméra puis je filme, j’enregistre le son, et je monte moi-même les images. Je réalise un film presque sans le savoir. Je conjugue des images sans préméditation, guidé par l’amour des lumières et des amis que je filme.
Mon équipe est réduite à une seule personne et un film à la première personne, voit petit à petit le jour sur l’écran de mon ordinateur… À la première personne qui n’est autre que ma mère Renée qui est partie pour toujours. Je dédie ce film à sa mémoire.
Dans Le Feu Sacré mon premier film documentaire, je filme mes amis acteurs, mes amis tout court qui me rendent visite, et je fais confiance à ce désir de filmer et au regard que je porte sur mon lieu de vie quotidienne, sur mes errances et mes voyages, sur ceux et celles qui m’accompagnent sur ce long chemin de la patience. Il se dessine alors un chemin de vie où l’humour et l’autodérision trouvent leur place à côté de la mélancolie.
Le Feu Sacré est filmé sur plusieurs saisons. Il est centré sur mon domicile et mon lieu de travail auquel je reviens toujours. C’est un itinéraire libre, un vagabondage, où se mêlent, présent, passé et futur, souvenirs et projets, amis, famille et disparus.
Le fait de revenir à la source même de cet amour de filmer qui m’a fait faire des films depuis ma jeunesse, me redonne du courage et du plaisir, tandis que je me questionne sur cette passion qui ne me quitte pas, plus de trente ans après mes débuts.
Le désir de faire du cinéma, de transcrire des émotions, des atmosphères, de raconter des histoires qu’on a le désir de filmer et de partager avec autrui fait de nous des cinéastes pour une vie entière. Je considère ce documentaire de création, si toutefois il faut le classer, comme un signe de vie et d’espoir pour tout artiste qui persiste à s’exprimer.
Arthur Joffé