"Pour moi, le cinéma c'est saisir un instant, un moment de la vie des personnages.
Un moment de bonheur est né de ce désir : capturer un moment clé de la jeunesse. Le film raconte le passage de l'adolescence à l'âge adulte de deux personnages, Betty et Philippe. Ils ont vingt ans, ils ne cherchent pas la liberté, ils cherchent une issue, ils veulent vivre leurs émotions.
L'histoire se raconte en trois mouvements. Les deux premiers se percutent et provoquent une réaction en chaîne qui dans le troisième unit les personnages.
L'histoire se raconte aussi dans les trois temps :
- Le passé : Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ?
- Le présent : la rencontre.
- Le futur : Quelle sera l'issue de cette rencontre ?
Philippe est discret et silencieux, c'est un personnage en fuite qui ne veut s'attacher à aucune réalité. Il n'a de relation qu'avec des personnages qui sont dans le même désir que lui : La fillette du bus, le stagiaire au restaurant et pour finir Betty.
Il fuit le quotidien : le représentant et la banalité de sa vie quotidienne, sa soeur et son excès de tendresse qui l'étouffe, le restaurant et sa violence sociale. Betty, elle aussi, est à la recherche d'une issue... mais elle ne fuit pas. Betty est une jeune fille-mère vivant une relation fusionnelle, presque fraternelle avec Damien, son fils, dans une ambiance familiale étouffante..
Je souhaitais que la relation entre Betty et Damien apparaisse dans un premier temps, comme celle d'une soeur à un frère. Elle partage avec son enfant la même chambre, les mêmes jeux. Puis un peu forcée, à cause de la relation conflictuelle qu'elle entretient avec son père, elle doit prendre son avenir en main, trouver du travail, louer un appartement... s'installer. Mais elle n'est pas encore une mère, il lui faudra la douleur pour y parvenir... Et c'est Philippe qui sera l'élément déclencheur.
Le sujet d'Un moment de bonheur est le thème de la métamorphose. Ces deux personnages vont se télescoper, se rencontrer et exister dans une nouvelle vie. Une collision, Philippe renverse un enfant. Cette image est bien sûr symbolique et violente, mais surtout onirique, en référence avec le monde de l'enfance, elle se situe dans l'histoire de Damien. Damien, déguisé en chenille devient papillon, prend son envol.
C'est le moment de bascule du film ; celui où les différentes routes se croisent, celui où le personnage de Damien passe le relais à Philippe et, si l'on se place dans l'histoire de Philippe, celui où Philippe heurte son enfance. Cet acte, qu'il fuit dans un premier temps tout comme un enfant se sauve après avoir commis une faute grave, va le confronter lors de sa rencontre avec Betty à ses responsabilités d'adulte. Betty, jeune fille pleine de vie, lui refuse toute fuite possible et devient à ce moment précis son seul avenir. Betty, seule sur un bout de terre entre ciel et mer, quitte la femme-enfant pour devenir une femme consciente de sa maternité.
Le choix de situer l'action sur la côte Atlantique, s'est imposé dés les premières lignes du scénario. Betty et Philippe sont deux jeunes provinciaux qui ont la mer devant eux et la terre dans leur dos. Ils vivent dans ce bout du monde avec leurs incertitudes et leurs espérances. Cette situation n'a rien de précaire, Betty et Philippe ont vingt ans, ils sont à un moment clé de leur vie, face à eux-mêmes avec leur quête et leur désir de vivre et d'aimer.
Ils sont là, face à leur destin attendant qu’il se passe quelque chose, que quelqu’un vienne les prendre et les emmener vers un autre ailleurs. Cette attente je l'ai mise en scène à Arcachon loin des paysages urbains, avec la volonté de filmer les personnages dans un style direct, d'une manière très légère avec le parti pris du mouvement pour éviter d'installer le film dans l'illustration de la vie quotidienne.
À l’origine de Un moment de bonheur, il y a aussi l’envie d’emmener une équipe, des comédiens et des techniciens, dans une aventure humaine. Pour cela il fallait faire un film en toute liberté et sans contrainte technique. Dès les premiers jours de tournage, le film s’est imposé de lui-même, l’énergie souhaitée était là et je sentais que mon désir initial était partagé par toute l’équipe.
Je suis arrivé au montage avec le matériel nécessaire et je me suis aperçu que la structure narrative du film fonctionnait mieux à l’image que sur le scénario. J’avais le sentiment en voyant les rushes, que les scènes écrites étaient improvisées parce que le film avait réussi à maîtriser le réel, et à traduire visuellement les émotions qui se dégageaient des personnages.
Aujourd’hui je souhaite que les spectateurs ressentent cette histoire comme simple et passionnée à la fois, et qu'ils partagent mon sentiment en voyant la copie finale : l'espoir.
Antoine Santana