• Pourquoi avoir choisi de mettre ce film en avant ?
Nous avons choisi de mettre ce film en avant car, à travers la question des modes de gestion forestière, il traite de la question de notre rapport à la forêt.
• En quoi fait-il écho à l’esprit et aux actions de l’association all4trees ?
Cela fait écho à notre vision et nos actions car, au sein d’all4trees, nous défendons l’idée qu’une forêt n’est pas qu’une simple addition d’arbres, c’est tout un écosystème, riche et complexe, qu’il faut aborder dans son ensemble quand on entend les gérer, les préserver, les restaurer. C’est donc une approche holistique des projets terrain qui est privilégiée par nos porteurs de projets, qui cherche à s'attaquer aux causes profondes de la déforestation et de la dégradation des forêts, en France, comme à l’étranger.
• Quel est aujourd’hui l’état des forêts en France ?
L’état des forêts en France n’est pas très bon aujourd’hui. On peut même dire que la forêt française est en crise (crise climatique, érosion du Vivant, remise en cause des modes de gestion intensifs). En effet, bien qu'elle représente 31% du territoire, la moitié est constituée de “forêts” monospécifiques qui, avec les sécheresses, canicules et intempéries à répétition, sont affaiblies et plus propices aux attaques de parasites.
• Le film traite beaucoup plus de malforestation que de déforestation. En quoi certaines initiatives considérées comme « vertes », notamment la compensation carbone par la plantation d’arbres, participent-elles à ce phénomène ?
En effet, en France hexagonale, le problème réside plus dans la qualité de la forêt que dans sa quantité (en constante augmentation depuis 1850). Le problème d’initiatives “vertes” telle que la compensation carbone est qu’elle donne l’illusion d’agir quand souvent, les projets soutenus n’ont pas l’effet escompté en termes de protection du vivant. En effet, la compensation carbone, dans le secteur forestier, se traduit généralement par la plantation d’arbres à croissance rapide en monocultures pour répondre à la demande des personnes ou organisations qui souhaitent compenser leurs émissions. Or, il ne suffit pas de planter un arbre pour qu’il produise des services écosystémiques comparables à ceux fournis par une forêt préservée. Par ailleurs, même si des rabais sont pris en compte dans les projets de compensation, les conséquences des changements climatiques augmentent les risques de mortalité des arbres (sol dégradé, sécheresse, canicule, etc.).
Et surtout, en ne regardant que l’aspect “puits de carbone”, on en oublie que la forêt apporte bien plus que ça : c’est un réservoir de biodiversité, qui régule le climat local, filtre l’eau et stabilise les sols grâce à son système racinaire. Pour que cet écosystème fonctionne de manière optimale, il a besoin d’être diversifié.
Nous faisons aussi face aussi à un problème de temporalité, c’est-à-dire que ce qu’on émet à un instant T ne sera pas “réabsorbé” par l’arbre planté avant plusieurs décennies quand il aura suffisamment grandi. En attendant, le climat lui continue de se réchauffer…
Vient ensuite un problème de permanence : on évoquait, un peu plus haut, les sécheresses et les canicules. Les forêts font ainsi face à des phénomènes climatiques plus extrêmes et à des incendies. Nous n’avons donc pas la garantie que les arbres plantés aujourd’hui pour compenser nos émissions de gaz à effet de serre seront toujours là dans 15 à 30 ans.
Pour finir, un problème de cohérence entre promesses engagées et faisabilité sur le terrain : en effet, les projets de plantation d’arbres par la compensation carbone excèdent déjà la surface terrestre identifiée comme étant propice à la plantation d’arbres à l’échelle mondiale.
Pour espérer avoir un impact sur le climat et la santé de nos écosystèmes, nous n’avons donc pas d’autres choix que de réduire notre impact par nos choix de consommation et de production, et préserver au maximum l’existant, car les forêts sont précieuses à notre survie, pour toutes les raisons évoquées plus haut.
• Le film explore aussi quelques alternatives. Quelles sont-elles et à quel point impliquent-elles un changement de l’économie ?
Le film explore des alternatives comme la gestion forestière sous couvert continu, une sylviculture plus douce qui ne nécessite pas de coupe rase, et respecte la forêt. Elle parle également des groupements citoyens forestiers, une initiative intéressante, qui permet aux citoyens d’un territoire de racheter une forêt pour la gérer de manière durable, plus respectueuse de son cycle naturel. Ces groupements sont importants et ont besoin d’être soutenus car la forêt française aujourd’hui est très morcelée. En effet, elle est privée à 75% et est détenue par 3,3 millions de propriétaires forestiers, ce qui rend l’action pour répondre aux changements climatiques plus compliquée.
Propos recueillis par Pierre COMMARMOND