Comment est venue cette idée de film de genre ?

Je suis tombé sur ce fait divers en regardant une émission de télévision au Chili. J’ai découvert comment le harcèlement dont a été victime cette famille a mené le père et le fils au meurtre de leur harceleur. Ils ont caché le corps et se sont fait prendre. Le fils a écopé de cinq ans de prison car le père a pris toute la responsabilité sur lui et une peine de vingt ans. Quand on lui demande s’il recommencerait, il répond : « Non, vous n’avez pas idée de ce que c’est de tuer un homme ».

J’ai senti que j’avais une idée de film car on voit rarement au cinéma ce qui se passe juste après le meurtre de quelqu’un. Après un certain point, le film atteint une sorte de dimension métaphysique...

Ça ne pouvait pas être un film complètement réaliste. Bien sûr, comme les acteurs sont pour la plupart non professionnels et que le rythme des dialogues est plutôt naturel, on peut avoir le sentiment d’assister à une tranche de vie, mais le film est mis en scène et les plans sont souvent composés comme des tableaux. Particulièrement après la disparition du corps, on s’attache à ce qui se passe dans la tête du personnage principal. Le film devient alors un cauchemar éveillé.

Vous avez un style très particulier. Comment le développez-vous ?

Je pense sincèrement que chaque film appelle un style qui lui sera propre. Pour Huacho, mon premier film, j’avais besoin de rester très proche de mes personnages.

Avec Près du feu, je voulais sentir l’homme face à la nature et aux saisons. Pour Tuer un homme, je voulais qu’on entre pleinement dans la tragédie.

Le titre nous débarrasse de tout suspense. Ce n’est pas tant un film sur ce qui va arriver mais sur le voyage personnel du père de famille. Pour moi, c’est une sorte de western tragique. Le premier jour de tournage, en septembre 2012, tout le monde s’affairait à préparer le plateau et tout d’un coup, le personnage principal s’est retrouvé décadré, en bas du centre de l’image. Là, j’ai trouvé ce qu’il fallait au film. Le ciel était chargé de nuages colorés et j’avais un parfait sentiment de tragédie où le personnage était magnifiquement écrasé.

Le choix de tourner de nuit ne donne pourtant pas trop l’impression d’un film sombre...

On a réalisé très vite que plus de la moitié du film serait tourné de nuit, ce qui est difficile en termes d’organisation. On n’a pratiquement pas utilisé de sources extérieures de lumière et on a même insisté en post-production sur les oranges et les jaunes pour renforcer l’impression que le personnage évoluait en enfer.

Comment avez-vous trouvé vos comédiens ?

La première idée était de travailler à nouveau avec Daniel Munoz, qui jouait le personnage principal dans Près du feu, mais il était engagé pour la télévision. Je me suis alors souvenu d’un comédien à qui on avait confié un petit rôle. J’ai réalisé que le scénario lui allait parfaitement : il avait travaillé dans une scierie et savait parfaitement manier la tronçonneuse. Pour le rôle du méchant, j’avais repéré le comédien dans les films courts de mes étudiants : il est très grand, massif, et il fait peur rien qu’en le regardant.

La musique est impressionnante et vous avez un passé de musicien...

Il est difficile pour moi de travailler la musique ; elle oriente souvent trop le spectateur et l’équilibre est toujours fragile. L’effet musical est instantané et j’essaye de la travailler avec parcimonie. Je n’utilise pas de thème répétitif, je préfère m’en servir pour créer de la tension ou nous aider à entrer dans l’âme du personnage.