" Pain Noir est centré autour de l’idée que la guerre civile espagnole a produit des ravages moraux sur les populations. Parmi les personnages, vainqueurs et vaincus cohabitent, mais le film ne traite pas simplement des conflits qui les opposent. Il se concentre plus directement sur leurs émotions et leurs sentiments. A travers eux, loin des champs de bataille, nous découvrons les terribles conséquences de la guerre. C’est comme si on éclairait une vieille photographie et que l’on découvrait dans un coin des silhouettes grises et floues. On accèderait à leurs vies intérieures, faites de contradictions et de misères quotidiennes, sans chercher à en faire des mythes, des héros, et surtout, sans les juger.

La structure dramatique qui sert d’épine dorsale au film reprend l’histoire du roman d’Emili Teixidor, Pa Negre, mais pas seulement : elle se nourrit en grande partie de ses récits situés dans sa Plaine de Vic natale, peu après la guerre civile, notamment de ses deux romans, Sic transit Gloria Swanson et Retrat d’un assassí d’ocells.

Pain Noir est en soi un roman assez long, mais je voulais élargir la source d’inspiration littéraire pour donner au film une ligne d’action plus forte que celle du roman (dont je ne remets pas en question les qualités littéraires), car les passages plus pittoresques ou contemplatifs occupent une grande partie de ses presque 400 pages.

Mon but était ainsi de parvenir à un résultat captivant, vif, mystérieux, plein d’émotions et attrayant pour le spectateur. C’est un film émotionnel, qui ne doit pas être une peinture de moeurs, ni la chronique d’une époque. C’est pourquoi il adopte la posture du mélodrame et un style assez classique, dépourvu d’éléments conceptuels qui nous auraient tenus à distance de ce qui arrive aux personnages. Tout a été mis en oeuvre pour contribuer à l’avancement de l’histoire et pour faire naître notre émotion à travers le regard de l’enfant narrateur. L’histoire est toujours à la première personne et n’a pas recours aux flashbacks, même si les événements et les personnages du passé comptent beaucoup.

Deux autres systèmes narratifs viennent enrichir le mélodrame : le thriller et le fantastique. Le thriller amène une découverte progressive des énigmes. La dimension fantastique introduit un regard d’enfant qui s’arrête sur des lieux et des personnages emplis de mystère. On ne bascule jamais vraiment dans le fantastique, mais il y a une dimension magique et poétique, vraie et crédible, dans l’image, la bande son et les références constantes à l’univers des oiseaux, qui incarnent les idéaux des personnages.

L’histoire s’inscrit dans un environnement dépouillé de références visuelles à l’époque politique, car le contexte est évident.

Ce parti pris de laisser la toile de fond indéfinie permet de renforcer l’idée abstraite de l’oppression subie par les personnages. Le travail des acteurs mérite une mention spéciale.

C’est sur eux que le film repose en grande partie. Nous avions de bons acteurs adultes et de merveilleux acteurs enfants, avec une mention toute particulière pour Andreu, qui nous a permis de cheminer pas à pas vers la perte d’innocence de son personnage."