Les films espagnols ont rarement une présentation aussi soignée que Le Pacte du mal...
La qualité du film est dûe à toute une série d'éléments. Le jeu des acteurs, par exemple, est très naturaliste. Je demandais aux comédiens de la vérité. Mais aux moments où le film devenait un film de genre ils étaient capables d'apporter les nuances propres à ce type de cinéma. Dans la partie visuelle (décors, photographie, costumes) il fallait chercher l'équilibre. Je sentais que le film n'allait pas marcher si nous essayions de trop le styliser. Il allait choquer avec le jeu. Mais il fallait aussi échapper à un naturalisme excessif. Le cinéma c'est du cinéma et la vie c'est la vie. C'est difficile de trouver un juste milieu, je suis bien d'accord, mais c'est quelque chose qui était présente dès le scénario: une histoire fantastique racontée d'un point de vue réaliste. Quelque chose qui arrive à des gens comme tout le monde, qui ont tendance à réagir comme nous le ferions. Daniel Sánchez, le scénariste, est très fort pour ça: il sait ramener les personnages à la réalité.
D'où est venue l'idée du Pacte du mal?Ce film tente d'entrer dans le clair obscur de la nature humaine. L'être humain est un individu : il s'intéresse surtout à sa propre vie et à celle d'un groupe réduit de personnes. Pour expliquer le film, j'utilise un exemple. J'aime voir le journal télévisé quand je mange. Il est difficile de faire ces deux choses-là à la fois, car le portrait qu'on nous fait du monde dans n'importe quelle chaîne est terrible (guerres, faim, douleur). Mais d'une façon ou d'une autre je peux continuer à manger. Si à ce moment-là sonne le téléphone et j'apprends que quelque chose de terrible est en train d'arriver à quelqu'un de ma famille, je cesse automatiquement de manger. Ça a l'air absurde mais on comprend bien alors comment marchent les êtres humains. Personne ne souhaite le mal à autrui. C'est dur de voir dans le journal télévisé tous ces gens souffrir, mais ça ne nous coupe pas l'appétit. Alors que quand les tragédies ont lieu dans notre cercle, notre vie s'arrête. Nier cette vérité c'est contredire la nature humaine. Pourquoi sommes-nous ainsi ? Les êtres qui nous sont chers sont notre monde. Les autres sont les autres.
Pensez-vous que le public va s'identifier au dilemme auquel Diego, le personnage principal, doit faire face?
Je me sens plus spectateur que réalisateur. En tant que spectateur, je n'aime pas les messages qui cherchent à me donner une leçon. Je prefère ceux qui me font une proposition. Alejandro Amenábar le disait dans un de ses films : "Ce qui m'intéresse c'est un cinéma qui pose des questions, pas un cinéma qui donne des réponses". Le cinéma c'est de l'intéraction et j'ai envie d'un film qui me donne une marge pour appliquer ma propre façon de penser. Le Pacte du mal, en tout cas, tente de poser une question très concrète au spectateur: puis-je vivre sans m'intéresser à personne?