Réveil en sursaut dans un lit inconnu, gueule de bois carabinée et débriefing d'urgence au téléphone : voilà à quoi ressemble le quotidien de Cat. À 37 ans, cette employée d'une maison d'édition amstellodamoise passe son temps à enchaîner les nuits blanches, les verres de trop et les plans d'un soir pas toujours glorieux. Mais derrière cette fête permanente et cette apparente insouciance se cache une douleur bien plus sombre : la mort brutale de son frère, un deuil impossible que personne n'a vraiment réussi à affronter dans sa famille. Quand sa meilleure amie, Jana, lui annonce qu'elle est enceinte, tout ce fragile édifice commence dangereusement à tanguer.
Dès les premières minutes, Messed Up assume un ton direct et sans tabou salvateur. La créatrice, Eva Crutzen, refuse le drame pesant et préfère regarder l'autodestruction en face, avec un humour grinçant et une vraie liberté de ton. Dans la droite lignée de pépites comme Fleabag ou Poupée Russe, la série ne fait pas dans la mollesse : montage nerveux, voix off piquante et hallucinations absurdes viennent dynamiter le récit pour mieux traduire le chaos intérieur de son héroïne. La grande réussite tient aussi à la sincérité de son univers. L'écriture évite les leçons de morale et montre avec lucidité que surmonter un traumatisme n'a rien d'un chemin tout tracé. Le rire côtoie sans cesse la mélancolie, sans jamais chercher à enjoliver la détresse.
Cette tornade repose presque entièrement sur le talent d'Eva Crutzen. Récompensée d'un Veau d’or, la touche-à-tout néerlandaise — qui écrit, réalise, joue et compose — livre une prestation d'un naturel désarmant. Elle est formidablement entourée par Meral Polat, qui apporte beaucoup de fraîcheur et de réalisme dans le rôle de sa complice Jana, mais aussi par Leopold Witte et Marieke Heebink, parfaits en parents totalement dépassés et désaxés.
Mordante, rythmée et profondément vivante, Messed Up réussit le pari de parler du manque et de la solitude avec une belle dose d’insolence.

